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Chien rouge,
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Chien qui se mord, fauve qui grogne, folie tournante que le poil d'une idée raidit, touffes de pensées que la rage reborde
Je plains ta vie restreinte à son grillage de rosiers
Chien mordre
Chien d'avril perdu
Chien réel dans ses fientes
Chien qui happe et qui se blesse, chien
Sans issue
Ton maître dit qu'il t'aime, qu'il te laisse croupir là pour ton bien D'ailleurs cela suffit n'est-ce pas, où irais‑tu courir, vers quels espaces libres de la cour ?
Tourne, ton maître te nourrit, tourne, ton maître t’apaise, d’un peu de sa parole, des lippées de ses franches Il t'aime, dit-il Il t'aime...
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| Franz Marc Der rote Hund (1911) |
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Grand Cahier.110.Refonds.003.Ighizan.01
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Le bois de sa tête...
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Le bois de sa tête, après des siècles, penche. Casque de biais, cuirasse faussée, fils dormants. L'épée tombe des mains, la rondache inutile. Clouée, les bras ballants, toute de cuivre, la marionnette sicilienne, comme déhanché sca- rabée dans le jour vert
Des ruines d'Agrigente, l'un sur l'autre versés, deux cha- piteaux mêlent à l'acanthe un fouillis de lierre. Une sauge rutile. A propos de légende, la lucarne s'enflamme
Jusqu’à disparaître pour nos yeux lisons les pages d’histoires et de féeries, le toit sera le dernier carré d'om- bres. Sommeil sur des coussins de laine, rouges et bleus de mille nuits
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Grand Cahier.269.Refonds.003.Ighizan.02
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Il court...
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Il court –
il court au travers des champs
d’herbes mauvaises,
remués de vents et de soleils d'après‑midi –
hurlements de cristal, rayures
dans toute l'étendue
du bleu
Ighizan souffre,
Ighizan pleure au pied de l'arbre.
Sa fuite est improbable,
vers où pourrait-il fuir ?
Il pleure.
Les cercles du ciel
doucement s'engrènent
– Passe la tête et vois
le très grand vide,
animent les astres,
détache une pomme Ighizan.
Aussi longtemps qu'il le faudra, ouvre
une blancheur.
Géomètre puisque tu sais,
aux environs du cœur, donne-nous
l'exacte mesure
il court au travers des champs
d’herbes mauvaises,
remués de vents et de soleils d'après‑midi –
hurlements de cristal, rayures
dans toute l'étendue
du bleu
Ighizan souffre,
Ighizan pleure au pied de l'arbre.
Sa fuite est improbable,
vers où pourrait-il fuir ?
Il pleure.
Les cercles du ciel
doucement s'engrènent
– Passe la tête et vois
le très grand vide,
animent les astres,
détache une pomme Ighizan.
Aussi longtemps qu'il le faudra, ouvre
une blancheur.
Géomètre puisque tu sais,
aux environs du cœur, donne-nous
l'exacte mesure
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Grand Cahier.109.Refonds.003.Ighizan.03
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Ighizan en ces lieux...
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Ighizan en ces lieux songe.
Il pose un genou,
son corps se délasse,
au point noué d'un tapis de Tunis.
Une musique tourne, fait la roue,
s'y mêle une tristesse et le désir
qui va, qui s'agrandit.
Sa tête d'aube libère
une envolée de merles blancs
Dans le grenier, parmi
les feuillets de pluie, les feuillets
de soleil, roi vêtu d’encre et de papier
chaque jour, Ighizan resonge.
Nul ne sait jusqu'où il s'en ira,
nul ne sait s'il franchira.
Grossi de menaces,
tout le ciel se prépare.
Un fin cheveu noir borne sa tombe
Il pose un genou,
son corps se délasse,
au point noué d'un tapis de Tunis.
Une musique tourne, fait la roue,
s'y mêle une tristesse et le désir
qui va, qui s'agrandit.
Sa tête d'aube libère
une envolée de merles blancs
Dans le grenier, parmi
les feuillets de pluie, les feuillets
de soleil, roi vêtu d’encre et de papier
chaque jour, Ighizan resonge.
Nul ne sait jusqu'où il s'en ira,
nul ne sait s'il franchira.
Grossi de menaces,
tout le ciel se prépare.
Un fin cheveu noir borne sa tombe
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Grand Cahier.108.Refonds.003.Ighizan.04
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Une fois
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Une fois, une seule, tu perdis l'équilibre – Ighizan Tu en perdis l’oreille, rien pour te retenir, rien ni personne. Tu t'exposas au pire
Une fois
le ciel se déchira Tu voulus t’enfuir, oublier – courir jusqu’à perdre le souffle, après les haies jusqu’au bout, à cet arbre isolé
Tu levas les yeux Ighizan et, de la douleur ce que tu vis ce fut, la parfaite figure
Le métal argenté d'une aile se déploya, les miroirs de son vol sur les champs dévastés Comme un feu d'herbes piétinées, effacé d’un seul coup par une salve trop violente
Une fenêtre s'ouvrit au jour
Et déclina…
Son cri est un cri d'astres morts
Tu l'écoutes dans les jardins perdus de mai, sur les sen- tiers qui sont des rêves bleus dans l'âme
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Grand Cahier.151.Refonds.003.Ighizan.05
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Hélianthe
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Dès qu'il eut ouvert les yeux, Ighizan au cœur d'hélian- the se sentit abandonné Il s'arrêta sur le seuil, refusa le cours des jours, ne voulut pas donner suite… Seul au mon- de, plus aucun mot ne sortit de sa bouche
Pourquoi avoir tant aimé, et tant bénit les contraires ?
Critique et physiologue, gouttes d’or ou figues vertes sous les rafales du vent, les étoiles tombèrent Le ciel se déroula, les ruisseaux dans la rue charriaient une eau de glace La flamme bleue de son esprit fut ardente douleur au long des murs gris de la ville
Chacun de ses pas foulait d'étranges fleurs, les parfums vieux, des sons lointains naissant, le monde se nomma
Près des toits calmes qui verdirent, parut, battante l'aile et solitaire, la forme rouge d'un corbeau Son cri âpre creva les airs légers où rien ne bouge
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Grand Cahier.161.Refonds.003.Ighizan.06
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Silhouette
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Depuis longtemps tu marchais, Ighizan sous le feuillage, des boues fagnardes collées à tes souliers. Le sol gelé se délitait de tous côtés
– sanglantes zébrures de glace, inventions de signes sans comprendre,
on ne voyait plus dans les entrelacs qu’un ciel de grisaille. Chaque rideau de branches, de ronces était une souffrance, raies de flammes dans ta chair –
Mais tu marchais, peut-être hésitant revenant parfois sur tes pas mais tu marchais
Tes yeux peu à peu s'habituèrent à l'ombre ; ton corps se fit indifférent au froid moussu, à l'humidité qui imprégnait tes vêtements ; ton sang devint plus vif
Enfin arriva le jour où
Toi, bête sombre couverte de lichens, de larves et de toute cette moisissure, toi la bête pouilleuse, tu vis briller la harpe des hauts arbres
Le chant des oiseaux fut un autre chant, aux notes stridentes, aux gouttes de lumière
Tu entras dans la chaleur, dans cette blancheur qui mit un essaim d'abeilles dans ta tête
Ta tête sonnante du jour
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Grand Cahier.129.Refonds.003.Ighizan.07
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Grenier blanc
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Le toit, sa pente double tournée, (est-ce un torse, une barque dormante au puits du ciel ?) le toit s'adosse à la colline, grenier blanc
Renversé dans le jour dans les profondeurs de l’azur les cercles alentour entr’ouverts, il repose avec l'ardoise de ses mots
De sa bouche lentement s'exhale un souffle
Une musique l’environne, une musique l’emporte, c’est une eau ressurgi du côté de la source Il est ailleurs, il écoute Le temps mesuré va remplir tout l'espace
Il a vu – comme un défi lancé aux lois de la pesanteur et de l'optique, des étages de livres sous le verre, des mondes sans y croire, des fragments de paroles étrangères – il a vu de ses yeux des éclats de lumière traverser la distance, se refléter dans une forêt de lierre et de lilas
Le clavier des couleurs sur la toile est plus nuancé, fait plus danser l'âme que l'air
Tapis de rouges tissé où se pose le pas, laine des mar- gelles de pierre, feuillets de mille nuits
Il cache son visage au creux d'épais coussins Le jour par la lucarne décline avec lenteur
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Grand Cahier.168.Refonds.003.Ighizan.08
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Sous des ciels froids et bleus...
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Sous des ciels froids et bleus par les chemins de chaque jour, un homme à la marche cassée comme une marionnette allait sans trop savoir
Voulait-il fuir,
sentait-il à l'intérieur
une inquiétude,
s'évader d'une douleur
par la poussée de quelque excès ?
sentait-il à l'intérieur
une inquiétude,
s'évader d'une douleur
par la poussée de quelque excès ?
Homme grimpé sur son échafaudage d'os, que ton reflet se brise ! Corps de chiffons qui se déchire en ses éclats de glace
Au bout du fil une pensée, un fond de musique peut-être
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Grand Cahier.329.Refonds.003.Ighizan.09
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Fin du jour
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C'est une fin du jour
L'ombre de l'ami s'éloigne
Tu restes, visage blême
sur le seuil gelé de la porte
Ce sont tristesse et larme d'or
comme pointe une étoile
Éternité, la nuit revient
Tu tournes le pas, la porte
au jardin calme se ferme
Dans la maison nocturne
la vitre a fleuri
Qui s'approche ?
Toutes les boiseries
craquent, les planchers vernis
Sur le carreau du poêle
en faïence blanc ourlé de bleu
le corps se tasse
La marche brûlante et le froid
qui pénètre les chambres
font trembler jusqu'aux os
L'ombre de l'ami s'éloigne
Tu restes, visage blême
sur le seuil gelé de la porte
Ce sont tristesse et larme d'or
comme pointe une étoile
Éternité, la nuit revient
Tu tournes le pas, la porte
au jardin calme se ferme
Dans la maison nocturne
la vitre a fleuri
Qui s'approche ?
Toutes les boiseries
craquent, les planchers vernis
Sur le carreau du poêle
en faïence blanc ourlé de bleu
le corps se tasse
La marche brûlante et le froid
qui pénètre les chambres
font trembler jusqu'aux os
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Grand Cahier.136.Refonds.003.Ighizan.10
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Barque étoilée
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Une rivière de fleurs secrètes coule dans sa main
Dans son cœur qui bat
Le monde se tait. Il traverse la ville
Ses yeux rougis ont vu le jour
Sonnant, contre le talus peuplé de visages morts
Ses deux sœurs, soleil et nuit, l'accompagnent
O douloureuse pierre !
Ce que l'une détruit, l'autre le sauve
Là-bas veille un tendre amour
Il s'arrête devant la porte, la maison de verre
S'inclinant
Il trace dans le chemin une ligne et le mot
Phénix
Comme il franchissait d'un pas
Lointaine, une chambre bleue fut prise de flammes
Dans son cœur qui bat
Le monde se tait. Il traverse la ville
Ses yeux rougis ont vu le jour
Sonnant, contre le talus peuplé de visages morts
Ses deux sœurs, soleil et nuit, l'accompagnent
O douloureuse pierre !
Ce que l'une détruit, l'autre le sauve
Là-bas veille un tendre amour
Il s'arrête devant la porte, la maison de verre
S'inclinant
Il trace dans le chemin une ligne et le mot
Phénix
Comme il franchissait d'un pas
Lointaine, une chambre bleue fut prise de flammes
English translation : Maud Case
Traducción al español : Sarasvati (Emilia Albo Rosillo)
Traduzione italiana : Manuela Colombo
中文翻译 - Joyce Su
Traducción al español : Sarasvati (Emilia Albo Rosillo)
Traduzione italiana : Manuela Colombo
中文翻译 - Joyce Su
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Grand Cahier.137.Refonds.003.Ighizan.11
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Météore
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Avant que d'entrer tout de go par la fenêtre avec ces yeux de loutre vive, tes toques du vent, tes fourrures, laisse ! que je tourne la tête trop soudain
Le temps
Je te salue, sort incertain du soir qui sombre. La boîte a roulé du monde empli d'un bruit d'os
L'aurai-je aimé l'éblouissante eau bleue du ciel, solide sur les toits sonnant comme bille qui bondit, et tant, qu'aux pavois de la fête je te hisserai
Météore !
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Grand Cahier.261.Refonds.003.Ighizan.12
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Offrande
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L'offrande n'a pas de fin,
elle abrite en elle, une pulpe divine
Voici des attiers, des bibaciers, des goyaviers
qui poussent à hauteur de l'amandier
en plein vent
Ces fruits verts de la grosseur d'une poire
sont des plants d'Amérique,
on les sert comme les figues,
en hors-d'œuvre, on les offre au dessert,
non pour les manger salés
mais pour en faire une pâte crémeuse, la
mêlant de sucre et de jus de citron galet
Que doit-on préférer
la crème de la zatte
ou l’avocat ?
Une datte de Saint-Paul,
ou bonne et lourde une mangue
de la partie du vent ?
Les yeux sont une pulpe candide au supplice
elle abrite en elle, une pulpe divine
Voici des attiers, des bibaciers, des goyaviers
qui poussent à hauteur de l'amandier
en plein vent
Ces fruits verts de la grosseur d'une poire
sont des plants d'Amérique,
on les sert comme les figues,
en hors-d'œuvre, on les offre au dessert,
non pour les manger salés
mais pour en faire une pâte crémeuse, la
mêlant de sucre et de jus de citron galet
Que doit-on préférer
la crème de la zatte
ou l’avocat ?
Une datte de Saint-Paul,
ou bonne et lourde une mangue
de la partie du vent ?
Les yeux sont une pulpe candide au supplice
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| Paul Gauguin Nature morte avec des mangues (1893) |
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Grand Cahier.142.Refonds.003.Ighizan.13
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