Nob Hill


Parmi les bougainvillées
grimpants, rouges et violettes,
au flanc du coteau de ciment

J’empruntais sans hésiter le câble,
près d’Embarcadero sur Market Street,
qui me tracta comme il convient 

jusqu’à l'à-pic

J’ai pu voir tour à tour

Notre-Dame de l'Isle,

de Ghiberti la double porte,
les meubles vernissés de Chine,
et les sobres fleurs du Japon

Ils étaient tous là, réunis
sous la bannière étoilée de l'Ouest

A l'instant je me crus – Nabab – louant
sur la colline une chambre au Mark Hopkins
avec vue, Lillie, sur Coit et Paradis

Bougainvillées grimpants
sur Lombard Street
(CA 94109)

Grand Cahier.292.Parallèle 37.026.Bay Area.04

À quoi bon


À quoi bon résister commis
l’irréparable

Il n’est plus d’autre voie la seule à emprunter
qu’une voie obligée avec ses conséquences

Pourquoi chercher puisque le temps a basculé
s'est orienté vers un ailleurs sans consistance

À quoi bon s’entêter, à autrui s’opposer
affronter le mutisme et l’incompréhension

Une fois les mots du reproche et le silence
une fois qu’ils sont dits les mots irrévocables

La porte s’ouvre du train où la nuit s’engouffre

Les reflets de la vitre ont perdu tous leurs sens

On ne voit plus dans le wagon
qu’un homme seul

auprès de sa couchette et qui voudrait dormir
Le sas a dégorgé le soufflet se referme

à l'heure et au lieu d'un fracas géant de fer
La vitre bouge à la mesure de l'infini

Paul Delvaux
Femme à la rose
(1936)

Grand Cahier.291.Dispersion.024.Vulnéraire.11

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à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte