Verger des eaux


Fraîches fontaines, sources claires
Traversant l'ardeur de l'été
L'enrouement de vos gerbes vives
La voix de vos graviers tournés
Douce sur le bord de vos rives
M'endort… et sous cette brise légère,
Je rêve d'une ancienne amie
Qui me disait : "... du sommeil, l'eau
Et la terre éveille, qui les gardait l'une
Doucement de murmurer, l’autre
En maintes fleurs de se parer,
Belle de couleurs nonpareilles ..."


(En italique - Louise Labé, Sonnet XV)

Shoichi HASEGAWA
L'eau vive
(1971)

Grand Cahier.071.Refonds.008.Verger des eaux.00

Bernoise en 13


Je me souviens de cet endroit précisément, après les marches de l'été les jours, d'un enjambement à vous couper le souffle

en U ou en V,
de ces flèches éteintes ces toits jetés plusieurs fois

retournés, parfaitement lacés – une attache une rivière qui forme une boucle un nœud qui se referme alentour – ils ont pour eux sur cet éperon Zytglogge (ont-ils dit de l'hor- loge et) les habitations de la Nydegg, le palais et trois ponts aux trois angles qui surplombent

une eau de glace, une eau précipitée proprement lisse, une langue d'eau froide issue de la montagne

Le vert domine, c'est la couleur des pierres, le temps domine dans ses ors, doublement mesuré, assis au centre de la ville Les rails du tramway vont de fontaines en fontaines jusqu'à la fosse de l'ours

Je me souviens d’avoir vu le lion des Zähringen, un sol- dat bariolé qui se tient sur son style Le coureur, le tireur, le banneret

Je me souviens d’avoir pris relative l'oblique en m'en- fonçant sous les arcades Blanche avancée des toits, cisaille à même la rudesse des climats

« Le soleil est intense il transperce aujourd'hui »

Je me souviens avoir fait cette remarque et cherché en dehors des saisons une fraîcheur, les produits obtenus d'un carré de jardin

De ce lieu je dirais qu'il reflète les vertus de l'ordre et du repos, le temps méditatif

Calés contre la haute jambe du pont, certains hommes du pays jonglent sur l'échiquier, d'autres, nageurs lassés, en bas sous l'écume verte se laissent porter par le flot large

Albert Anker
Gerechtigkeitsgasse in Berne
(1880-90)

Grand Cahier.070.Révolvie.034.Le horzain.10

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à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte