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Collage


       Ce ne sont là
       que des
       impressions décousues

Dommage,

la rive d’/ICI
jamais plus ne sera
la rive d'en /FACE

depuis trop longtemps
       il n'y a plus rien à dire
       je ne dirai plus
rien

les dieux se sont retirés
plus aucun dieu n'existe
       que le rien

aujourd'hui
nous ne lutterons pas /

nous rassemblerons
nous nous pencherons

sur le livre des sensations
(en suivant en écoutant) les sens
de nos nerfs cérébraux

Ni seul et dans la chambre, silencieux, plein de scru- pules, et minutieux d'éruditions,

bavardant au milieu de la foule
Mais sur le seuil, à l'écoute, et chantant
à mi-voix

Fernando Pessoa
Livro do Desassossego
édition, Jerónimo Pizarro (Tinta de China)
(10/2013)

Grand Cahier.787.Alentour de Soares.042.Collages.01

Collage (L do D. 12, 1, 2)


       Ce ne sont là
       que des
       impressions décousues

Dommage,

la rive d’/ICI
jamais plus ne sera
la rive d'en /FACE

depuis trop longtemps
       il n'y a plus rien à dire
       je ne dirai plus
rien

les dieux se sont retirés
plus aucun dieu n'existe
       que le rien

aujourd'hui
nous ne lutterons pas /

nous rassemblerons
nous nous pencherons

sur le livre des sensations
(en suivant en écoutant) les sens
de nos nerfs cérébraux

Ni seul et dans la chambre, silencieux, plein de scru- pules, et minutieux d'éruditions,

bavardant au milieu de la foule
Mais sur le seuil, à l'écoute, et chantant
à mi-voix

Fernando Pessoa
Livro do Desassossego
édition, Jerónimo Pizarro (Tinta de China)
(10/2013)

Grand Cahier.787.Alentour de Soares.042.Collages.01




Carta a Mário de Sá-Carneiro - 14.03.1915

Estou num daqueles dias em que nunca tive futuro. Há só um presente imóvel com um muro de angústia em torno. A margem de lá do rio nunca, enquanto é a de lá, é a de cá, e é esta a razão intima de todo o meu sofrimento. Há barcos para muitos portos, mas nenhum para a vida não doer, nem há desembarque onde se esqueça. Tudo isto aconteceu há muito tempo, mas a minha mágoa é mais antiga.
Lettre à Mário de Sá-Carneiro - 14.03.1915

Je suis dans un de ces jours où je n'ai jamais eu de futur. Il n'y a qu'un présent immobile avec autour un mur d'angoisse. Cette rive là-bas du fleuve, puisqu'elle est de là-bas, elle n'est jamais d'ici, et c'est la raison intime de mon tourment. Il y a des ports pour bien des bateaux, mais aucun n'existe pour une vie sans souffrance, ni de débarcadère où l'on puisse oublier. Tout ceci est arrivé il y a longtemps, mais ma tristesse est plus ancienne.




Livro do desassossego 12-1

Invejo – mas não sei se invejo – aqueles de quem se pode escrever uma biografia, ou que podem escrever a própria. Nestas impressões sem nexo, nem desejo de nexo, narro indiferentemente a minha autobiografia sem factos, a minha história sem vida. São as minhas Confissões, e, se nelas nada digo, é que nada tenho que dizer.
Le livre de l'intranquillité 12-1

J'envie – sans bien savoir si je les envie – ceux dont on peut écrire la biographie, où qui peuvent l'écrire eux-même. Dans ces impressions sans liens entre elles, ni désir de liens, je raconte avec indifférence mon autobiographie sans événement, mon histoire sans vie. Ce sont mes Confessions, et si je n'y dit rien, c'est que je n'ai rien à dire.





Livro do desassossego 1-3


O coração, se pudesse pensar, pararia.


A quem, como eu, assim, vivendo não sabe ter vida, que resta senão, como aos meus poucos pares, a renúncia por modo e a contemplação por destino?


Não sabendo o que é a vida religiosa, nem podendo sabê-lo, porque se não tem fé com a razão; não podendo ter fé na abstração do homem, nem sabendo mesmo que fazer dela perante nós, ficava-nos, como motivo de ter alma, a contemplação estética da vida.

 
E, assim, alheios à solenidade de todos os mundos, indiferentes ao divino e desprezadores do humano, entregamo-nos futilmente à sensação sem propósito, cultivada num epicurismo subtilizado, como convém aos nossos nervos cerebrais.

Retendo, da ciência, somente aquele seu preceito central, de que tudo é sujeito às leis fatais, contra as quais se não reage independentemente, porque reagir é elas terem feito que reagíssemos; e verificando como esse preceito se ajusta ao outro, mais antigo, da divina fatalidade das coisas, abdicamos do esforço como os débeis do entretimento dos atletas, Zaïroisee curvamo-nos sobre o livro das sensações com um grande escrúpulo de erudição sentida.
Le livre de l'intranquillité 1-3


S'il pouvait penser, le cœur s'arrêterait.


A ceux, mes rares semblables, vivant comme moi sans savoir vivre, que reste-t-il sinon, le renoncement pour mode de vie et la contemplation pour destin ?


Ne sachant ce qu'est la vie religieuse, et ne pouvant le savoir, car la foi n'est pas l'affaire de la raison; ne pouvant avoir foi dans cette abstraction de l'homme, ni même savoir ce que nous pourrions en faire, il ne nous restait, comme motif pour avoir une âme, que la contemplation esthétique de la vie.


Et, ainsi, étrangers à la solennité de tous les mondes, indifférents au divin et dédaigneux de l'humain, nous nous livrons futilement à la sensation sans objet, cultivant un épicurisme très subtil, comme il convient à nos nerfs cérébraux.

Ne retenant de la science que son précepte central, qui veut que tout soit soumis à des lois imparables, contre lesquelles on ne peut réagir de façon indépendante, car vient d'elles le réagir qui fait que nous réagissons, et constatant que ce précepte s'ajuste à cet autre, plus ancien, de la divine fatalité des choses, nous renonçons à tout effort comme les chétifs, à l'entrainement des athlètes, et nous nous penchons sur le livre des sensations avec un grand scrupule d'érudition ressentie 




Livro do desassossego 2

Tenho que escolher o que detesto — ou o sonho, que a minha inteligência odeia, ou a ação, que a minha sensibilidade repugna; ou a ação, para que não nasci, ou o sonho, para que ninguém nasceu.

Resulta que, como detesto ambos, não escolho nenhum; mas, como hei-de, em certa ocasião, ou sonhar ou agir, misturo uma coisa com outra.
Le livre de l'intranquillité 2

Je dois choisir - ce que je déteste - entre le rêve, que mon intelligence exècre, et l'action, que ma sensibilité réprouve; ou l'action pour laquelle je ne suis pas né, ou le rêve pour lequel personne n'est jamais né.

Il en résulte que, détestant les deux, je n'en choisis aucun ; mais comme il faut bien choisir, en certaines occasions, de rêver ou d'agir, je mélange une chose avec l'autre.

Collages

*


        Ce ne sont là
        que des
        impressions décousues

Dommage,

la rive d’/ICI
jamais plus ne sera
la rive d'en /FACE

depuis trop longtemps
        il n'y a plus rien à dire
        je ne dirai plus
rien

les dieux se sont retirés
plus aucun dieu n'existe
        que le rien

aujourd'hui
nous ne lutterons pas /

nous rassemblerons
nous nous pencherons

sur le livre des sensations
(en suivant en écoutant) les sens
de nos nerfs cérébraux

Ni seul et dans la chambre, silencieux, plein de scru- pules, et minutieux d'éruditions,

bavardant au milieu de la foule
Mais sur le seuil, à l'écoute, et chantant
à mi-voix

Fernando Pessoa
Livro do Desassossego
édition, Jerónimo Pizarro (Tinta de China)
(10/2013)

Grand Cahier.787.Alentour de Soares.042.Collages.01 {•••}


Le fil



Que tu veuilles démêler
tes pensées   comme un écheveau
multicolore

où bien voir encore
surgir dans l'espace – nouvelle
une figure,

) ils font ainsi les enfants
de ces jeux de ficelle qu’ils tissent
entre leurs doigts écartés (

tu n'oublieras pas qu'il ne faut
jamais lâcher
le brin du pouce originel

Grand Cahier.596.Alentour de Soares.042.Collages.02 {•••}


L'immense



L’immense est devenu trop

prégnant, et
tant de fois millionnaire

envahissant
tout
démesurément – il n’est plus assez de
mots pour le
dire

(Myrillion, Tria-contillion, N-plex…

Ce que nous
faisons
ne vaut pas trois
sous

Notre conscience
est nulle, comptablement

Grand Cahier.597.Alentour de Soares.042.Collages.03 {•••}


Les dieux



Les dieux n’ont plus part au monde, retirés en nous-mêmes, ils se taisent —

Indifférente est la nature, sans bords, démesurément ne choisissant rien —

Hasard, papillon magnifique musardant sur ton front —

Dans les courbes de la plage, brûlant se devine / coquille en ce temps-là / et nacré mais depuis mort, le pli du désir de rien

(on lit toujours des contes mauresques à l’enfant

il n’y a plus à choisir : entre les blés et la touffeur des ronces vague réminiscence qui s’étiole au milieu des cyprès la dis- tance à l’abîme se prolonge)

qu’ils soient encore – parmi les hommes – ou se soient retirés, – nous dépendons – étroitement – de ce qu’ils sont – mais eux-mêmes – en ce qu’ils sont, – dépendent – étroi tement – de la nécessité

Grand Cahier.598.Alentour de Soares.042.Collages.04 {•••}


Deus é o existirmos e isto não ser tudo



« Dieu, c’est que nous existions, et que tout ne se ramène pas à cela seulement » nous dit Soares

Ou peut-être … nous excède en tout
et c'est notre petitesse alors qui devient : difficilement acceptable

Dieu ne nous a pas rêvés, ne nous rêve pas, ne nous rêvera pas. Nous sommes seuls au monde, et c'est dans notre lucarne qu'il faut que le monde soit ou ne soit pas

Quel est donc ce rien qui le précède ?
(il n'y a pas de précédent / tout précédent se rassemble pour un suivant / tout suivant est l'effacement d'un précé- dent)

, c’est l’étrangeté de l’existence imprédicative, l'essen- tielle énergie – lumière, matière – des yeux tristes d'une vie toute entière tournée vers le rien

De quelle absurdité sommes-nous si proche ? Cendres incandescentes un si court laps de temps

Dieu – ce trop semblable cet autre – n’est qu’une ré- ponse, une réponse trop courte qui ne tient pas la distance. Dieu est une réponse qui annule la question. À quoi bon une réponse alors

Dieu est un empêcheur d’être
nécessaire, pour certains

Grand Cahier.599.Alentour de Soares.042.Collages.05 {•••}


(Être)



Par un vague matin de congé sans histoires,

  je m’apprêtais à exister,
    officiellement désœuvré,
marchant de long en large,
      rêvant des rêves décousus,
  revêtant le réel
    d’idéaux irréalisables
    
– J’avais au cœur

la honte d’avoir négligé / d’importantes démarches / de ne pas avoir accompli / des ambitions possibles,

fortuitement

tenu de longues
et substantielles
conversations

inexistantes – vues de l’extérieur,

ce moi aux songeries
  sans repos ni grandeur,
    aux flâneries sans but
      ni raison d’espérer,
qui déambulait à voix basse,
    usant toutes ses heures

en des promesses  des impressions de liberté
lorsqu'il divague dans le cloître
de son intimité

ce moi / sachant que rien ne tient, suivant le savoir non savoir des hommes,
n'était

qu'un (être) minuscule inachevé, tête vide positionnée
devant l’absurde

Grand Cahier.600.Alentour de Soares.042.Collages.06 {•••}


Incertitude



Grosses tardives des gouttes de pluie
tombaient encor/ par la fenêtre ouverte
et l’on sentait des fraîcheurs indécises,

azur s’en allant à l’assaut du ciel
azur quand les nuages se retirent
de ce côté-ci de château Saint-Georges

N’était-il pas venu le moment de se réjouir ?
Une envie indéfinie, un désir inconnu

comme une sensation de vivre et de mourir, mais qui s’éloigne un peu, mais qui s’absente au jour

Penché à la fenêtre, regardant haut perché, la route sans rien voir, j’étais à l’abandon
– j'étais

pareil /à ces chiffons
qui servent /à nettoyer les saletés
étendus sur le rebord /à sécher,
/là oubliés et salis languissant
sur l’appui /à leur tour

Grand Cahier.601.Alentour de Soares.042.Collages.07 {•••}


Quatre heures...



Quatre heures
L’horloge sonne claire
Je gis dans l’entre-deux des rêves,
les pensées endormies
Tout est univers NU,
abstrait,
réglé de colonnes de chiffres,
construit de négations nocturnes

Fatigué,
anxieux je parviens
à la connaissance physique
du mystère des choses...

ourlé d’une lueur qui vient de loin

Cesser, dévider, bousculer
cette conscience...

En finir, cesser d’être enfin,
n’être plus qu’une trace

UNE survivance métaphorique :

L’absurde oscillation des feuilles
d’une plante grimpante
accrochée à l’encadrement

d’une lucarne ouverte sur la nuit

Grand Cahier.602.Alentour de Soares.042.Collages.08 {•••}


Ombre



Dans la clarté de la nuit
le vent

soulève lentement
des choses VAGUES

nombreuses
et sombres

qui ne sont pas le LINGE étendu
à l’étage

mais l’ombre impalpable
ACCORDÉE avec les
choses

Grand Cahier.606.Alentour de Soares.042.Collages.09 {•••}


Nuit



le monde sans limites
appelé univers
a-t-il encore
des raisons d’exister
lorsque tout dort
vaste trop vaste
est son programme
truffé de tant d’erreurs
replié sur lui-même
tournant pour rien
\des bruits là-haut
\éclats de vitre tête folle
\ou simple poussière
d'un dieu mort – la nuit est muette
au fond est un tombeau

*
l'inutile bannière
de ton casernement,
effilochée
flottant dans l’air
pour rien ni pour personne

Grand Cahier.607.Alentour de Soares.042.Collages.10 {•••}


Refuge




Nous sommes tous
envahis par le bruit du monde, bousculés, par le chahut des circonstances extérieures,

le grand dehors

Et pourtant, il suffit d’une belle journée
de soleil, et l'insistante venue d’une ombre pointant la campagne pour,

sensible nous rétrécir
vers le dedans

Nous ne trouvons plus alors qu’un pauvre refuge dans la maison sans portes qui se dit

nous-même

Grand Cahier.608.Alentour de Soares.042.Collages.11 {•••}


Nous



Nous ne sommes que mouche ;

Perclus de familier
tourné vers l’inconnu

nous, à l’intersection
de la raison rien d’autre

que la conscience d’un insecte
sur le tronc d’arbre de la vie,
un nom gravé en minuscule

no pó do necessário,
o meu nome

dans la poussière
du nécessaire,

les yeux rivés
– a minha escritura / com a morte. Com a morte?

sur les vitres colorées d’une cellule
au-dedans de ses grilles

Grand Cahier.613.Alentour de Soares.042.Collages.12 {•••}


Porque eu
sou do tamanho do
que vejo



J’ai la dimension de mon regard,
dit Caeiro

Ce que je vois
est l’étendue de la lumière
À la taille de ma rétine
et dans l’esprit

Son reflet dans mentis
dit l’être à sa manière
Du fond du puits des émotions
jusqu’aux étoiles

si froides,
éternelles,
et si hautaines –
le pouvoir du pli
est sans limites

est regard
qui relie les choses disparates,

ouvrant au mouvement

Grand Cahier.614.Alentour de Soares.042.Collages.13 {•••}


Lux



Peut-on vraiment se réjouir

de l’étroitesse et de la clarté des Lumières ?
Quelle impression joyeuse peut-on ressentir
devant ce vaste paysage policé ?

Vie sans ombre des dieux anciens
se reposant de leur mystère

– Ce moment de délire,
cet excès de mesure

sentido / não sentido –

Être clavecin sensible
qui se pense seul au monde
persuadé que passe en lui
l’harmonie de l’univers
Louis Michel van Loo
Portrait de Denis Diderot (1767)

Grand Cahier.615.Alentour de Soares.042.Collages.14 {•••}

Lux


Peut-on vraiment se réjouir

de l’étroitesse et de la clarté des Lumières ?
Quelle impression joyeuse peut-on ressentir
devant ce vaste paysage policé ?

Vie sans ombre des dieux anciens
se reposant de leur mystère

– Ce moment de délire,
cet excès de mesure

sentido / não sentido –

Être clavecin sensible
qui se pense seul au monde
persuadé que passe en lui
l’harmonie de l’univers
Louis Michel van Loo
Portrait de Denis Diderot
(1767)

Grand Cahier.615.Alentour de Soares.001.Collages.13

Porque eu
sou do tamanho do
que vejo


J’ai la dimension de mon regard,
dit Caeiro

Ce que je vois
est l’étendue de la lumière
À la taille de ma rétine
et dans l’esprit

Son reflet dans mentis
dit l’être à sa manière
Du fond du puits des émotions
jusqu’aux étoiles

si froides,
éternelles,
et si hautaines –
le pouvoir du pli
est sans limites

est regard
qui relie les choses disparates,

ouvrant au mouvement
Artemisia Gentileschi
Autoportrait en allégorie de la Peinture
(1639)

Grand Cahier.614.Alentour de Soares.042.Collages.13

Nous


Nous ne sommes que mouche ;

Perclus de familier
tourné vers l’inconnu

nous, à l’intersection
de la raison rien d’autre

que la conscience d’un insecte
sur le tronc d’arbre de la vie,
un nom gravé en minuscule

no pó do necessário,
o meu nome

dans la poussière
du nécessaire,

les yeux rivés
– a minha escritura / com a morte. Com a morte?

sur les vitres colorées d’une cellule
au-dedans de ses grilles

Odilon Redon
Sur le fond de nos nuits
(1890)

Grand Cahier.613.Alentour de Soares.001.Collages.11

Refuge


Nous sommes tous
envahis par le bruit du monde, bousculés, par le chahut des circonstances extérieures,

le grand dehors

Et pourtant, il suffit d’une belle journée
de soleil, et l'insistante venue d’une ombre pointant la campagne pour,

sensible nous rétrécir
vers le dedans

Nous ne trouvons plus alors qu’un pauvre refuge dans la maison sans portes qui se dit

nous-même
Collage de Helen Hill
Dedans dehors nulle part
(2006)

Grand Cahier.608.Alentour de Soares.042.Collages.11

Nuit


le monde sans limites
appelé univers
a-t-il encore
des raisons d’exister
lorsque tout dort
vaste trop vaste
est son programme
truffé de tant d’erreurs
replié sur lui-même
tournant pour rien
\des bruits là-haut
\éclats de vitre tête folle
\ou simple poussière
d'un dieu mort – la nuit est muette
au fond est un tombeau

*
l'inutile bannière
de ton casernement,
effilochée
flottant dans l’air
pour rien ni pour personne
Lynd Ward - Wild Pilgrimage
Plate 21
(1932)

Grand Cahier.607.Alentour de Soares.042.Collages.10

Ombre


Dans la clarté de la nuit
le vent

soulève lentement
des choses VAGUES

nombreuses
et sombres

qui ne sont pas le LINGE étendu
à l’étage

mais l’ombre impalpable
ACCORDÉE avec les
choses
Franz Marc
Linge dans le vent
(1902)

Grand Cahier.606.Alentour de Soares.042.Collages.09

Quatre heures...


Quatre heures
L’horloge sonne claire
Je gis dans l’entre-deux des rêves,
les pensées endormies
Tout est univers NU,
abstrait,
réglé de colonnes de chiffres,
construit de négations nocturnes

Fatigué,
anxieux je parviens
à la connaissance physique
du mystère des choses...

ourlé d’une lueur qui vient de loin

Cesser, dévider, bousculer
cette conscience...

En finir, cesser d’être enfin,
n’être plus qu’une trace

UNE survivance métaphorique :

L’absurde oscillation des feuilles
d’une plante grimpante
accrochée à l’encadrement

d’une lucarne ouverte sur la nuit
Max Ernst
Peinture pour les jeunes
(1943)

Grand Cahier.602.Alentour de Soares.042.Collages.08

Incertitude


Grosses tardives des gouttes de pluie
tombaient encor/ par la fenêtre ouverte
et l’on sentait des fraîcheurs indécises,

azur s’en allant à l’assaut du ciel
azur quand les nuages se retirent
de ce côté-ci de château Saint-Georges

N’était-il pas venu le moment de se réjouir ?
Une envie indéfinie, un désir inconnu

comme une sensation de vivre et de mourir, mais qui s’éloigne un peu, mais qui s’absente au jour

Penché à la fenêtre, regardant haut perché, la route sans rien voir, j’étais à l’abandon
– j'étais

pareil /à ces chiffons
qui servent /à nettoyer les saletés
étendus sur le rebord /à sécher,
/là oubliés et salis languissant
sur l’appui /à leur tour
Victor Hugo
Paysage avec pont, Guernesey
(1856)

Grand Cahier.601.Alentour de Soares.042.Collages.07

(Être)


Par un vague matin de congé sans histoires,

  je m’apprêtais à exister,
    officiellement désœuvré,
marchant de long en large,
      rêvant des rêves décousus,
  revêtant le réel
    d’idéaux irréalisables
    
– J’avais au cœur

la honte d’avoir négligé / d’importantes démarches / de ne pas avoir accompli / des ambitions possibles,

fortuitement

tenu de longues
et substantielles
conversations

inexistantes – vues de l’extérieur,

ce moi aux songeries
  sans repos ni grandeur,
    aux flâneries sans but
      ni raison d’espérer,
qui déambulait à voix basse,
    usant toutes ses heures

en des promesses  des impressions de liberté
lorsqu'il divague dans le cloître
de son intimité

ce moi / sachant que rien ne tient, suivant le savoir non savoir des hommes,
n'était

qu'un (être) minuscule inachevé, tête vide positionnée
devant l’absurde

Henri Cueco
Sans titre
(2015)

Grand Cahier.600.Alentour de Soares.001.Collages.05

Deus é o existirmos e isto não ser tudo


« Dieu, c’est que nous existions, et que tout ne se ramène pas à cela seulement » nous dit Soares

Ou peut-être … et qu'elle nous excède en tout
et c'est notre petitesse alors qui devient : difficilement acceptable

Dieu ne nous a pas rêvés, ne nous rêve pas, ne nous rêvera pas. Nous sommes seuls au monde, et c'est dans notre lucarne qu'il faut que le monde soit ou ne soit pas

Quel est donc ce rien qui le précède ?
(il n'y a pas de précédent / tout précédent se rassemble pour un suivant / tout suivant est l'effacement d'un précé- dent)

, c’est l’étrangeté de l’existence imprédicative, l'essen- tielle énergie – lumière, matière – des yeux tristes d'une vie toute entière tournée vers le rien

De quelle absurdité sommes-nous si proche ? Cendres incandescentes un si court laps de temps

Dieu, n’est qu’une réponse, une réponse trop courte qui ne tient pas la distance. Dieu est une réponse qui annule la question. À quoi bon une réponse alors

Dieu est un empêcheur d’être
nécessaire, pour certains

Vassily Kandinsky
Jaune rouge bleu
(1925)

Grand Cahier.599.Alentour de Soares.042.Collages.05

Les dieux


Les dieux n’ont plus part au monde, retirés en nous-mêmes, ils se taisent —

Indifférente est la nature, sans bords, démesurément ne choisissant rien —

Hasard, papillon magnifique musardant sur ton front —

Dans les courbes de la plage, brûlant se devine / coquille en ce temps-là / et nacré mais depuis mort, le pli du désir de rien

(on lit toujours des contes mauresques à l’enfant

il n’y a plus à choisir : entre les blés et la touffeur des ronces vague réminiscence qui s’étiole au milieu des cyprès la dis- tance à l’abîme se prolonge)

qu’ils soient encore – parmi les hommes – ou se soient retirés, – nous dépendons – étroitement – de ce qu’ils sont – mais eux-mêmes – en ce qu’ils sont, – dépendent – étroi tement – de la nécessité

Henri-Edmond Cross
Le four des Maures
(1906)

Grand Cahier.598.Alentour de Soares.001.Collages.03

L'immense


L’immense est devenu trop

prégnant, et
tant de fois millionnaire

envahissant
tout
démesurément – il n’est plus assez de
mots pour le
dire

(Myrillion, Tria-contillion, N-plex…

Ce que nous
faisons
ne vaut pas trois
sous

Notre conscience
est nulle, comptablement

Zao Wou-Ki
Hommage à José Luís
(1988)

Grand Cahier.597.Alentour de Soares.001.Collages.03

Le fil


Que tu veuilles démêler
tes pensées   comme un écheveau
multicolore

où bien voir encore
surgir dans l'espace – nouvelle
une figure,

) ils font ainsi les enfants
de ces jeux de ficelle qu’ils tissent
entre leurs doigts écartés (

tu n'oublieras pas qu'il ne faut
jamais lâcher
le brin du pouce originel

Salvador Dali
Un thé chez les fous
Alice au Pays des Merveilles
(1969)

Grand Cahier.596.Alentour de Soares.042.Collages.02

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à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte