Le lai du Chèvrefeuille 2/2


Voici de l'écrit l'essentiel qu'il lui faisait savoir et dire.

Depuis longtemps il était en ces lieux à l'attendre et à guetter sa venue, à épier et à se demander comment il pourrait la voir car il ne pouvait plus vivre sans elle.
De tous les deux il n'était pas autrement que du chèvrefeuille qui se fixe au bois de noisetier : Quand il l'enlace et prend le fût en entier, ils peuvent bien ensemble durer mais si l'on veut les séparer, le noisetier a tôt fait de mourir et le chèvrefeuille ne lui survit.
« Belle amie, ainsi de nous, ni vous sans moi, ni moi sans vous ».


La Reine va chevauchant et regarde alentour. Elle voit l'emblème, le distingue, en reconnaît une à une les lettres.
Aux chevaliers qui l'accompagnent et cheminent à ses côtés, elle ordonne de s'arrêter : Elle veut descendre se reposer. Ils obéissent aussitôt.
Elle s'éloigne de ses gens, appelle son page Brenguein qui toujours eut bon fer.
Du chemin s'éloigne un peu. Dedans le bois va retrouver celui qu'elle aime plus que toute vie. C'est une joie immense entre eux dès qu'il se voit.
Elle lui parle tout à loisir, et lui dit son plaisir de le revoir, puis elle lui indique comment du roi obtenir le pardon, que celui-ci regrette amèrement de l'avoir exilé, qu'il ne s'est agi que de calomnies.
Elle ne peut s'attarder plus longtemps et laisse-là son ami. Mais quand vient le temps de se quitter, ils se mettent à pleurer.

Tristan repartit en Galles et attendit que son oncle le rappelât.


Pour la joie qu'il avait eu de revoir son amie, pour le mot qu'il lui avait écrit, comme l'avait dit la Reine, pour que de leurs paroles, on se souvienne, Tristan qui bien savait jouer de la harpe en a fait un nouveau lai ;
Assez brièvement le nommerai :
Les anglais l’appellent Gotelef, les Français le nom-ment Chèvrefeuille.
Toute la vérité vous ai dit du lai que j'ai conté ici.

Grand Cahier.294 & 295.Marie de France.001 Lai du Chevrefoil

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à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte