Silhouette


Depuis longtemps tu marchais, Ighizan sous le feuillage, des boues fagnardes collées à tes souliers. Le sol gelé se délitait de tous côtés

– sanglantes zébrures de glace, inventions de signes sans comprendre,

on ne voyait plus dans les entrelacs qu’un ciel de grisaille. Chaque rideau de branches, de ronces était une souffrance, raies de flammes dans ta chair –

Mais tu marchais, peut-être hésitant revenant parfois sur tes pas mais tu marchais

Tes yeux peu à peu s'habituèrent à l'ombre ; ton corps se fit indifférent au froid moussu, à l'humidité qui imprégnait tes vêtements ; ton sang devint plus vif

Enfin arriva le jour où

Toi, bête sombre couverte de lichens, de larves et de toute cette moisissure, toi la bête pouilleuse, tu vis briller la harpe des hauts arbres

Le chant des oiseaux fut un autre chant, aux notes stridentes, aux gouttes de lumière

Tu entras dans la chaleur, dans cette blancheur qui mit un essaim d'abeilles dans ta tête

Ta tête sonnante du jour

Claude Monet
Peupliers sur les rives de l'Ept
(1891)

Grand Cahier.129.Refonds.003.Ighizan.07

Inventaire


La chambre, elle est bleue
même le plafond où ne pend aucun lustre

Sur le plancher, les étagères et le bureau s'empilent des livres, un désordre de livres

On orne les murs de cartes lunaires, de photos de Koudelka ou d'icônes, cela pour tromper le vide bleu par des ocres et des rouges

Près de la fenêtre, un diagramme – labyrinthe d'esca- liers inachevés avec le M et la flèche

Une caisse de munitions portant une lampe, le lit (sa couverture en chaude laine), le tiroir des offices

où l'on trouve des âmes / innombrables et mortes, mais qui scintillent

encore... le mur d'en face et la vitre peinte Tous aux couleurs de l'orange et du soleil

Avec la veste noire et les disques vinyles, il ne reste plus rien à voir si ce n’est quelques mots inscrits, tapés à la machine sur des feuilles blanches,

et fichés par le travers !

Benoit Vinadelle
Folie ou démence d'après Victor Hugo (les chants du crépuscule)
(~2016)

Grand Cahier.128.Révolvie.031.Maisons de verre.01

Je me suis levé trop tard


Le jour dans ses étoffes d'eau n'avait aucun courage Le réveil sonna Je me suis levé J'ai pris le filet à provisions et je suis sorti

Il pleuvait Des gouttes lourdes, éparses Un camion passa sur la route brillante, camion chargé de troncs d'arbres (il y a là-bas des forêts humides au sol moussu), camion qui se dirigea vers le port où les troncs seraient embarqués

J'achetais le journal, le pain, le lait et je rentrai La pluie se fit plus dense Le soleil sans suite tirait ses rideaux

Encore un jour sans rien, un jour parmi les autres Et dans ton hégire, à chaque pas, tu trébuches sur ton ombre

ou son absence

Où est-elle,
et suave l’idée même ?

Quelqu’un te saisit par le col, te montre un phénomène – une couleuvre future – mais tout est flanqué par terre

Il suffit pour aujourd’hui
d’une chose d'un souvenir incertain
remembrance d’après

Claude Évrard
dscn6623
(2023)

Grand Cahier.127.Révolvie.033.D'après, contraste.07

Il n'y aura pas d'arrêt


La tempête d'hier s'est calmée Il a plu Le ciel est gris, l'eau glacée Le froid, l'humidité

Traversent la maison Sur les murs, on a collé de lon- gues laisses de papier couleur de soleil mais rien n'y fait Les meubles sont trop vieux et tristes, usés Depuis mon enfan- ce, je les vois et les vois s'écrouler

« Précipité lent » dit le chimiste, c'est le temps

Issues de la cage d'escalier, quelques notes pointues per- sistent ; la radio joue un air de piano qui s'ajoute

Aux battements métalliques du réveil Le grand verre à musique but d'un trait : plus de coups de marteau, plus de clous dans ma tête

Je m'assois sur le parquet Ma veste posée sur le dos- sier de la chaise est mouillée J'ai marché tout à l'heure dans la rue sans le moindre but Je me tasse dans un coin,

l'espace rétrécit il faudrait oublier

Fernand Léger
Les hélices
(1918)

Grand Cahier.126.Révolvie.031.Maisons de verre.03

Domaine


L'automne, ses jardins mourants sous les lourds édre- dons de cendre et plumes d'eau, l'automne a ses pensées de neige

Après la traversée des bois, après
le pré qui dégringole et qui débouche
inexplicablement

sur une route envahie de verdure, on est arrêté pour un instant par une grille aux épis de rouille, depuis longtemps, son usage s'est perdu

Une maison surplombe la colline, on arrive devant un nombre incommensurable de fenêtres., la façade est cassée de blanc, il n'y a plus rien qui veille, pas la moindre lumière

(Pour un peu l'on entendrait
les airs d’un bal au salon, la toupie
du temps s’affole),

des nuages gris là-haut, parcourent le ciel entier Entre eux, un vide à vous donner le vertige, le vide là-haut du grand résonateur

On pousse des portes – à chaque fois sur une absence, un battement se répercute de chambre en chambre Essaims de mouches, plafond qui bourdonnent

Egon Schiele
Maison avec des bardeaux
(1915)

Grand Cahier.125.Dispersion.006.Bifurcations.09

Plus rien ne viendra


Déserte la cour la nuit
la neige tassée – des pas
dans la neige et les rires enfuis

Seul un silence,
une lanterne qui veille,
qui déblaie un coin de nuit

Les murs sont gelés,

la barrière est démise
Il n'y a pas de vent dans la haie
mais les feuilles frémissent

Le chat,

le poil hérissé par le froid,
d'un bond franchit la cour

et du rebord,

regarde à travers la vitre
la maison noire et vide
Gino Severini
Le chat noir
(1911)

Grand Cahier.124.Refonds.002.Hortense.08

Déroulé


Chemin, l’écheveau du chemin se dévide vers la gauche, inaperçu parmi la poudre des rochers, des écailles anguleuses hérissées de touffes de pins sauvages, une forme peut-être et vague un rêve de dragon dans la brume

De biais l'emprunte un homme que suit le plus petit des hommes son portefaix

Au détour d'une paroi de papier (elle s’évanouit de blan- cheur, la tête fière) la quille d'un village surgit dans le clairsemé des baumes, le désordre des nuées

Est-ce un casque, des bois râcheux de guerrier qui s'a- vancent, des toits peints de sang courbés comme des sabres ?

Terrés de frayeurs dans leur nid de chaumes et de bran- ches, les hommes disparaissent, ne se voient plus ; rien ne se voit plus que la peur

Les buissons crissent d'aragnes Le pinceau a tracé dans le ciel déchiqueté d'orages, tout un jeu de plans effondrés involontaires, tout un jeu de plis dans l'air, d'œils de kami, de froissements

Sous les arbres noircis qui l'ombragent, le chemin, c'est aussi parfois la fraîcheur du ruisseau, le lait d'un serpent dans les anfractuosités de la terre, un enfant, un vieillard aux longues manches traversant le pont de pierres

C’est une rampe qui s'incline, un rideau qui coulisse et qui s'ouvre, une autre vue, des branches qui percent à même la roche fleurie Le damier des joncs envahissant l'espace des eaux plates

Jusqu'aux mâts détourés, jusqu’à ces quelques pavillons frais badigeonnés ; les hommes s'affairent, marchandent sous l'auvent ; une barque se perd dans les vapeurs du lac

山水長巻 (さんすいちょうかん)

Grand Cahier.123.Cinquante-trois relais.040.Sur la route.02 {•••}


Sesshû Toyo
Sansui chokan (1486)


*
Détail - centre du lé 2/6
Détail du précédent - partie gauche
Détail du précédent - partie droite

Haboku sansui

*
Sesshû Toyo - Haboku sansui (1495)

Sesshû Toyo


Trois brindilles de mûrier
Font un temple
La couleur naît
Des portes du ciel À peine
L'encre touche-t-elle une figure
Celui-ci gravit des marches
Rien,
Une paix
Sur la montagne où se perd
Le sentier
Le mot s'évase


雪舟 等楊

Grand Cahier.122.Cinquante-trois relais.040.Sur la route.03 {•••}

Maison de verre


24 fois 40 blocs carrelés Et encore 24 fois 80 morceaux de verre et plus, scellés dans l'acier

Comme une lanterne japonaise qui flotte dans l'espace, comme une membrane translucide inondée par le soleil, la lune et les étoiles

Une double échelle jaune de flammes soudain l'éveille

Rouge est la signature dans le métal

Machine à vivre
aux yeux de tous Machinerie de théâtre
pour se mettre en scène, beau navire
de l'âme

Contre les parois de glace des vannes ouvrent les feux à la cantonade Étages sur pilotis où le spectacle se déroule

La maison est un décor de verre... de verre et de bron- ze La maison est rubis de neige où fleurit l'arbre

31, rue Saint-Guillaume (Paris 7ème)
Architecte Pierre Chareau
(1928)

Grand Cahier.121.Révolvie.002.Maisons de verre.02

Athanor


La montagne s'identifie au four
Avec ses bains-marie
Ses charbons et ses cendres
La maison en est la partie supérieure
La chambre et le couvercle de verre
Le vaisseau de l’alambic forme un nid
Où dragon et sa femme vivent
Le feu se résout dans l'humide
Mais la lune s'imprègne du soleil
Leur fils tourne au blanc et au rouge
Le serpent aussi devient rouge A l'origine
Feu, faible ou fort selon la volonté
Il habite une caverne
Les Indes Orientales se colorent vif-argent

Athanor
Laboratoire alchimique
XVIIème siècle

Grand Cahier.120.Révolvie.032.L'univers de la chauffe.06

La fabrique du jardin


J’allais roue libre ce jour-là
sous la ramée ornamentale des charmes, emporté par la douceur du mail Depuis

la vue là-haut de la pagode
 jusqu’à la septième perspective,
  je déboulais

Tout était souffrance et mourait tendrement tout repre- nait vie j’écoutais les rythmes et les sons, les mélodies au passage des ombres, sous une peuplée d'insectes

En bas dans le creuset, en haut vers les étages, les ors les sangs qui s’accrochaient, le fer de la roue qui piétinait, le sang qui battait contre les tempes

J'écoutais la terre débordant devant moi Comme il sa- vait le dire s'étendait à perte de vue

« La fourrure des eaux sous le capuchon des larmes »

Tout serait
à reconstruire
Ces formes ces êtres

au plus près, alentour dans la spirale maintenant cha- que fois plus serrée seul désormais : tout

à reconstruire
à ressortir de l'obscure
gravité charnelle

Christy Lee Rogers
Muses - photographies aquatiques
(2018)

Grand Cahier.119.Révolvie.033.D'après, contraste.06

Est-il aux alentours...


Est-il, aux alentours d'un transparent gazon des prés, plus parfait miroir, plus argenté qu'une eau fraîche, une source inconnue sans rien ni chants d'oiseaux qui troublent, ni feuilles tombées des arbres qui l'ombragent,

Est-il un lieu plus propice au repos...

N'éprouvez-vous pas devant tout ce silence – comme une inquiétude ?
Souvenez-vous d'elle,

Elle qui s'est retirée, le front rougi – quelle honte, quelle honte – solitaire
vers quelques fonderies

De son corps desséché, les os et les rochers, bois obscurs qui résonnaient, rendez sa voix qui ne peut que redire, qui jamais ne se peut détacher

Shoichi Hasegawa
Verger
(1973)

Grand Cahier.118.Refonds.008.Verger des eaux.01

Toujours l'homme


De l'astre, là-haut dégringole un air glacial
La mer ressasse tout le temps la même phrase
Tourné vers l’effroyable hostilité des pierres
L’homme accroupi près du feu fabrique son arme

Démuni, il sait qu’il devra bientôt se battre
Peu importe le prix, la chose ou le motif,
Ce n’est rien d’autre qu’un minuscule combat !
Fait qui jamais ne s’inscrira sur une table

Umberto Boccioni
Stati d'animoI - Quelli che vanno
(1911)

Grand Cahier.117.Dispersion.021.Bifurcations.06

À la dame de turquoise


Selon le vœu et la formule, mettez près de la source des chiffons aux branches.

Que l’eau claire emporte ces fleurs offertes, ces feuilles qui s’enroulent en guirlande au fil du courant.

Passez le petit pont de bois, penchez-vous, et par le milieu de la rambarde faites briller vos pièces d’or.

Ou plutôt non, préférez quelques menues monnaies sans valeur comme autant de lettres indéchiffrables.

Pensez fortement une chose, une seule avec force, elle aura peut-être pour vous, dans la suitée des jours, un sens

Shoichi Hasegawa
Au cours de la vie
(1973)

Grand Cahier.116.Refonds.008.Verger des eaux.04

Zocalo


J’y rêverai peut-être en mourant…
Qui ne peut que se perdre en un temps
improbable

J’ai le désir, ne serait-ce qu’un moment,
d’un climat plus salubre,
d’une place quadrillée de soleil
où les hommes tiendraient debout dans le silence,

aiguilles immobiles
résolvant l’équation des heures

Je voudrais sur ce banc de fer forgé,
aller m’asseoir
pour lire à l’ombre un livre, l’ombre puissante
des verts âhuacuahuitls 

De la terrasse surélevée d’un café de jade, porter
mes regards vers les ruelles
à petits pavés ronds sans voitures ;
vers les fleurs orange qui percent du feuillage
des flamboyants,
couleurs des bougainvillées,  jacarandas,
acacias où jouent les écureuils ;
vers les bouquets de ballons de polyester
de rose et d’argent

Je voudrais en faire le tour,
m’en aller discourir avec lenteur, reconnaître
chaque point cardinal sous le ciel bleu,
et pour finir m’approcher
de cet espace interdit ou presque – si n’étaient
les enfants, là à trouver le passage –
colonne musicale décorée,
kiosque désert légèrement décentré
qui s’anime

lorsque la nuit met en scène le son
inventeur de demain
Zócalo de la ciudad de Puebla
Cuetlaxcuapan
(1531)

Grand Cahier.115.Refonds.001.D'une motion.10

Au caliduc


L’hiver s’avançait très loin dans la saison, l’hiver bous- culait la campagne avec rudesse, plus rien d’autre n’existait que l’hiver, plus rien d’autre que la neige

La pièce était déserte en son milieu Un poêle de faïence chuintait dans un angle comme une écharde plantée, bleue

Il suffisait au locataire de ces lieux de monter les deux ou trois marches que nul panneau n’interdisait – de se retirer du froid pour trouver dans cette zone une loge à ne pas vivre

Le nombre des hommes depuis longtemps s’amenui- sait, piétinant la cendre sans rien voir S’ils s’apprêtaient à disparaître, ce ne pouvait être que par ce goulet malgré la masse incommensurable de leurs biens, les yeux salis de suie, le dos courbé

L’un d’eux parfois tombait sur le côté, dans le coin le plus sombre Il commençait à creuser dans le sillon, à des- siner sans comprendre des formes imprécises, des penta- grammes, une sorte d’alphabet composé de cercles et de croix, laissant glisser lentement une fine poussière entre ses doigts

Winterthurer Kachelöfen
Joseph Keiser, Zoug (Suisse)
(1889)

Grand Cahier.114.Cahier bleu-vert.007.Parages.16

Kauma


Vous vous épanouissez
dans la lumière
de la jeunesse,
violettes ce matin

Lierre
de frais ramage cœur
vrillé d’ombres le
lierre des heures se déroule

Je tiens tout entier
dans le silence des heures

Large comme un contre-exemple,
la terrasse fardée de soleil
est le prétexte à ouvrir
quatre prunelles de vin noir au jour

Que la parole y soit féconde,
l’exclamation d’une voix d’homme

Verger d’avril,
on a posé l’échelle
contre le cerisier,
les cerises sont rouges

et vont tacher les mains
Inévitablement
depuis le fond du ciel,
un été brûlant s’annonce

Shoichi Hasegawa
Rhapsodie
(1980)

Grand Cahier.113.Refonds.008.Verger des eaux.02

Aux approches


Il y a beaucoup trop de blanc
De cris d’ivoire en haut des toits
Comment pourrais-je regarder ?

Je ferme l’œil au blanc qui hurle

Que puis-je espérer des fumées 
Des suies du foyer qui s’élèvent
L’air est une étoffe d’eau grise

Le dernier coin de bleu s’efface
Un froid intense s’est blotti
Au carré neutre du clocher –

Roux de gueule chassant qui passe

À pied des aboiements furieux
De mur en mur se répercutent
Vont se perdre dans les lointains

Paul Klee
« L'homme approximatif » de Tristan Tzara
(1931)

Grand Cahier.112.Révolvie.032.L'univers de la chauffe.12

Le peintre


Nombreux sont les chemins permettant d’accéder à ces lieux, à ces grandes places découvertes – places désertes entourées de porches crottés – surdimensionnés à l’endroit des chevaux, depuis les venelles abruptes avec la rivière en contre-bas jusqu’aux escaliers de bois taillés dans la glaise du coteau

Il avait suivi le décor des anciennes ruelles Il s'était ap- proprié, numérateur de ses forces, une bâtisse dont l'usage s'est perdu,

un vaste pavillon aux abords d'un jardin de clarté – remuements de vies infimes, âmes et souffles dans les hauteurs, chamboulements de boiseries sonores,

et dans l’ouverture, après les arbres, un avancement de docks, une carène qui se détache, coquille de sable évoquant les cornes de la mer

Il appréciait (il désirait) depuis longtemps, il avait lucide choisi l'excès, l'exubérance, il invitait et déclarait que tous les travaux sont de lumière, que notre effort est une haleine de lumière

Il ne savait faire autrement que – trouver, et voulait le montrer, le tenir dans l’évidence, comme une flamme native

Une réduction eidétique du chien rouge, une laque Plus rien en lui qui ne relève d'une folie Il avait gardé le corps nettement tracé, brillamment détaché du fond, les membres bien élancés Et la tête était posée là, à plat qui vous regarde

Toutes les têtes sont mortelles qui bouillonnent d’un sang noir Étoupes de cordages qui ressortent et masques de goudron sur la toile Il avait voulu que le matériau soit brut, la force aveugle, terrassée Le genou tombant dans la poussière, nécessaire comme une blessure

Exposé au mieux, le jazz cryptogamique, le fluide vert
Et comment l'homme devient le jardin du verbe, une écume libre, une parole lorsque la mer se retire et laisse longues s’étirer les algues

Par la fenêtre solitaire on pouvait voir au loin les crêtes endormies, le coq de feu du soir qui brillait sur la Perrine

Michel Maurice
De nos frères blessés
(2017)

Grand Cahier.111.Révolvie.034.Le horzain.05

Chien rouge


Chien qui se mord, fauve qui grogne, folie tournante que le poil d'une idée raidit, touffes de pensées que la rage reborde

Je plains ta vie restreinte à son grillage de rosiers

Chien mordre
Chien d'avril perdu
Chien réel dans ses fientes
Chien qui happe et qui se blesse, chien
Sans issue

Ton maître dit qu'il t'aime, qu'il te laisse croupir là pour ton bien D'ailleurs cela suffit n'est-ce pas, où irais‑tu courir, vers quels espaces libres de la cour ?

Tourne, ton maître te nourrit, tourne, ton maître t’apaise, d’un peu de sa parole, des lippées de ses franches Il t'aime, dit-il Il t'aime...
Franz Marc
Der rote Hund
(1911)

Grand Cahier.110.Refonds.003.Ighizan.01

Articles les plus consultés


à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte