Sur les traces d'une personne
improbable


Le temps qui se dérobe aux reflets du miroir Exige le revers d’une sur-existence

Impossible d’amarrer la conscience au monde Océan de pensées submergeant le réel

Enfermé dans un présent immobile La rive d’en face Ne sera jamais La rive d’ici

Sur les branches les balançoires Sont enroulées Im- possibles commencements d’une fuitée vers les hauteurs Comme volutes de fumée

Si je ne dis rien de ces impressions décousues Venues je ne sais d’où, c’est qu’il n’y a rien à dire Les dieux se sont retirés depuis longtemps

Il n’existe plus aucun dieu susceptible de rassembler le sens de nos nerfs cérébraux Nous ne lutterons pas contre l’inexorable

Mais nous nous pencherons plein de scrupules Et mi- nutieux d’éruditions Sur le livre des sensations de notre vie

Ni seul et dans la chambre
silencieux ni bavardant
au milieu de la foule
Mais sur le seuil à l’écoute
et chantant à mi-voix

(collage)
Vassily Kandinsky
Impression III
(1911)

Grand Cahier.595.Alentour de Soares.001

L'immense


L’immense est devenu trop

prégnant et
millionnaire, tant de fois

envahissant
tout
démesurément – il n’est plus assez de
mots pour le
dire

(Myrillion, Tria-contillion, N-plex…

Ce que nous
faisons
ne vaut pas trois
sous

Notre conscience
est nulle, comptablement

Zao Wou-Ki
Hommage à José Luís
(1988)

Grand Cahier.597.Alentour de Soares.001.Collages.03

Autopsicografia


O poeta é um fingidor
Finge tão completamente
Que chega a fingir que é dor
A dor que deveras sente.

E os que lêem o que escreve,
Na dor lida sentem bem,
Não as duas que ele teve,
Mas só a que eles não têm.

E assim nas calhas de roda
Gira, a entreter a razão,
Esse comboio de corda
Que se chama coração.


1ª publ. in Presença , nº 36. Coimbra: Nov. 1932



Autopsychographie

Le poète est un feigneur,
Il feint si complètement
Qu’il en vient à feindre la douleur même,
Douleur qu'il ressent vraiment.

Et ceux qui lisent ce qu’il a pu écrire,
Dans la douleur lue, ressentent aussi bien,
Non les deux qu’il avait éprouvées
Mais une autre, qu’ils n’éprouvent pas.

Et c’est ainsi que sur ses rails,
Divertissant la raison, la roue
Tourne, de ce petit train à ressorts
Qu’on appelle le cœur.


Grand Cahier.627.Alentour de Soares.00

Le reste e(s)t la question


Dîtes-moi ce que sont les nombres ?

Pythagore à Crotone
nerfs et cerveau d’Alcméon, dîtes-moi

Si tout est nombre l’unité est
son principe

transcendante monade

l’un n’est pas le nombre du tout
l’un est le principe du nombre

immuable tout en puissance
indivisible

inimaginable est ce qui suit l’infini
précédent du zéro

mais dîtes-moi

Pythagore à Crotone
nerfs et cerveau d’Alcméon, dîtes-moi

d’où vient la différence ?

Alcméon (à gauche) et Pythagore à Crotone
Ludovico Graziani
(1991)

Grand Cahier.585.Révolvie.035.Vauvert.11

Incomplétude


(A piece of evidence) est une absurdité
Car dans une (obvious) est un jour une clarté
Est clair, pour un temps, ce qui est délimité
Si le soi est la définition de la vie
(Un intérieur, un extérieur – une limite
Il n'y a jamais de parenthèse finale !
L'infini, qui n'existe pas, est sans limites

Dieu n'est pas clair !
Et l'existence indémontrable
quant à la sienne...

Mais parlons des raisons du langage, de ces mots, ces pièces à conviction, de quoi ces éléments de preuve, sont-ils une évidence, mais de quelle évidence parle-t-on

car il n’est rien dit de nouveau, le temps est l’envie de rester dans le jour, à vif, rapide et constamment dans le repos de la lumière pour ne pas décrocher du dehors

sans cesse il faut sauter par-dessus le néant qui nous guette, le temps est l’envie de rester

soi-même, le temps, l’invention de la vie qui veut rester sur la vague, la vie, l’invention de l’amour qui se donne et qui donne la vie pour rester dans la rumeur

le temps, l’invention de la mort, la mort l’invention de la vie, la vie luttant contre la vague, la vague qui déferle, la vague qui emporte

(pour Maud)

Yves Tanguy
Divisibilité indéfinie
(1942)

Grand Cahier.581.Révolvie.035.Vauvert.09

Épopée en H mineur


J’aurais dû me douter de la nécessité
d’un guide à l’évasion !

J’irai sans peur, j’irai quand même
à bord d’un tube en taule rudimentaire, enfermé, rempli de vapeurs essentielles, un tube gris d’une époque cinquan­tenaire qui traversa les Sahara

Trente kilomètres, une panne, une heure à peine… Ce n’est que le frigo qui a grillé l’alternateur, dans quoi suis-je donc embarqué ?

Un diable rouge se balance à la fenêtre
Il me gâche la vue !
Elle est ronde la boule avec une boussole

Allez, j’irai sans peur, j’irai quand même
photographiant des tracteurs verts, montant (perdu dans les Tyrol) jusqu’au lac haut perché pour redescendre vers les rives du Danube, dans la fureur des bielles

Sur les bras sur les jambes, ils se jettent, ils sont gros, ils sont avides, attaquant épaule ou cheville,

et quand les feux s’éteignent, on n’entend plus que les péniches qui bourdonnent, et pour gâcher le tout, un temps à déchausser les pneus

René Magritte
Tracteur vert
(1965)
Grand Cahier.565.Révolvie.035.Vauvert.05

Bords de Meuse


Ancrée
dans les vignes du soleil, la rivière
est aussi paisible, entre ses deux talus verts
que la tranchée du canal On
passe au-dessus

puis au-dessous du pont
On est pris dans les nœuds
du village On s’interroge, va-t-on démêler
le mystère On ne va pas se prendre la tête,
malgré le contredit des cartes

Piégé entre quai et parapet, ici là Perdu et retrouvé, indécis en lévitation / pétaradant

au final On est sorti quand même grimpant Avec difficultés par des tunnels
Ah ! Qu’il est beau
le pays

vu

des hauts
bords
de ces alpes

Modeste-Jean Lhomme
Bords de Meuse, entre
(1906 et... 2006)

Grand Cahier.558.Révolvie.035.Vauvert.02

La fabrique du jardin


Tout était souffrance et mourait tendrement tout repre- nait vie j’écoutais les rythmes et les sons, les mélodies

au passage des ombres, sous une peuplée d'insectes En bas dans le creuset, en haut vers les étages, les

ors les sangs qui s’accrochaient, le fer de la roue qui piétinait, le sang qui battait

contre les tempes J'écoutais
la terre
débordant devant moi

comme il savait le dire s'étendait à perte de vue La four- rure des eaux sous le capuchon des larmes

Tout serait
à reconstruire
Ces formes ces êtres

au plus près, alentour dans la spirale maintenant cha- que fois plus serrée seul désormais : tout

à reconstruire
à ressortir de l'obscure
gravité charnelle

Christy Lee Rogers
Muses - photographies aquatiques
(2018)

Grand Cahier.119.Révolvie.033.D'après, contraste.06

La pensée dérive...


La pensée dérive seule
en ces terres, jusqu'à l'extrême

Si le pied droit glisse sur le bord glisse d'une pierre anguleuse qui tangue le pied gauche rétablit l'équilibre et stabilise

Je n'ai pas eu mal, je me retrouve assis par bonheur sur un mètre carré de roche mais j'ai perdu la boite de peinture que je portais en bandoulière. Je me relève et je vois le lointain comme un seau d'eau renversé

Une cime. Elle est couverte d'ombres lourdes, couverte de verdures, des cryptomères sans doute, cyprès ou roses fleurs de cerisiers sauvages étagés – vagues traînées incolores plongées dans un épais brouillard

Je n’ai pas eu mal, je me relève et c'est pour voir, juste en face, au plus près qui se détache un mont chauve. On dirait qu'il va s'effondrer. Le flanc à nu me semble avoir été tranché d'un coup de hache. Il plonge à pic au fond de la vallée

Cet arbre sur le sommet, ce ne peut être qu'un pin rouge. Le ciel se découpe avec netteté entre les branches. J’avance jusqu'au bout des cent mètres où le chemin se perd mais cette cape rouge qui remue, y parviendrai-je en montant ?

Le chemin est difficile qui fait un angle aigu. Je contour- ne un rocher, je parviens à passer

J'aperçois sur le coteau des fleurs de colza. Le chemin s'aplanit maintenant. A droite il y a un taillis, à gauche les champs de colza qui restent en vue

De temps à autre je piétine des dents-de-lion, des gerbes de feuilles en dents de scie qui poussent à profusion avec une perle jaune en leur centre. Fasciné par le colza, je m'en veux d'avoir piétiné les dents-de-lion. Je me retourne et ce sont toujours des perles jaunes qui rayonnent au cœur des feuilles en dents de scie

Quelle insouciance ! Reprenant
mon chemin, je continue de réfléchir

Kano Eitoku
Mont Fuji et cryptomères, époque de Momoyama
(1568-1603)

Grand Cahier.491.Révolvie.033.D'après contraste.05

Cordée


Quel risque y a-t-il pour l'ouvrier à marcher ainsi sur une poutre ? À notre époque,

L'œil clos,
le front couvert de cendre,

   ne voyant rien
     des fumées rousses
       qui lentement s'échappent

au-dessous de lui,
ignorant tout du danger
des cuves d'huile, des
bains irisés d'acides verts

Il avance loin du sol jonché de pailles
On lui crie après d'en bas on l’invective à coup d’impératifs ordres prétendus conseils de prudence

Mais qu'importe !
Il avance,
il s'obstine,
il veut at-
teindre le toit chauffé de tôle que perce une triste lucarne de poussière et de feu

Fernand Léger
Les Constructeurs
(1950)

Grand Cahier.075.Révolvie.032.L'univers de la chauffe.07

Techno-manies


Aujourd’hui
que se répand l’inéluctable,
que l'addict plastique imputrescible des anges
explose
et que gire au cœur des océans
toute une boue de désirs,
qui donc

regarde encore ?
Ne suffirait-il pas que l'on ouvre les yeux,
ne serait-ce qu’une fois,
pourtant qui le veut ? Tout ce gâchis...

Tous ces déchets, toutes ces modes imposées
à nos vies, pour le seul profit de quelques-uns. Objets et rebuts, débauches d'ébauches, tire-l'oeil à demi formés, ou saute-à-l'oeil qu'on oublie aussitôt consommés...

Beauté ne se voit si ne connaît regard qui la regarde

Existent-elles encore ces vieilles choses
entreposées contre un dernier talus, comme un amas de feuilles desséchées, oubliées dans un coin, soleils dispersés qui marcheraient encore à coup sûr si l'on avait du soin

C'est pourquoi nous vous fuyons à tire d’aile Ô
techno-manies, vous qui régnez
lâchez la manivelle

Louis Boulanger
La ronde du Sabbat (1828)
d'après la ballade de V.Hugo

Grand Cahier.316.Révolvie.032.L'univers de la chauffe.03

Architecte


C'était mardi dimanche il y a longtemps,
par une journée que l'hiver de sa hache avait rendue gélive et en dépit du col relevé de ma veste,

l'écharde au cœur, j'allais de rue en rue, la ville un peu brouillée, la tête ailleurs

D'épais blocs de bétons bouchent un ciel de pluies, de vents, se dressent droits. Quel décor !

Je marchais sur une place immense, il n'y avait rien à rencontrer, le temps ici n'existe plus. Je demandais :

« De quelle étoffe est-il donc fait,
l'architecte qui a conçu cela,
où est sa peau, dans quel placard
oubliée desséchée rongée
tête à poussière, corps saigné !? »

On peut marcher sur une place immense…

mais battre le ban, porter son nom, se vêtir propre-ment, faire en sorte qu’un être soit visible aux yeux de tous, mettre une chose en évidence

Décide-t-on une ville ?
Où, la formule, et quel, l'affect ? Le ciel nécessaire res- semble-t-il à celui-ci ? Vous savez, lourd, bas, minéral

Je ne vis rien de plus que des choses banales, répé- titives sur cette place épuisée, aux édicules improbables

Je voulus établir le décompte de ces grains minuscules. Je battis des ailes – à n’en pouvoir mais
rien n'y fit, pauvre volaille !

Saul Steinberg
Partition musicale facétieuse et ciel
(1970)

Grand Cahier.194.Révolvie.032.L'univers de la chauffe.10

Terres gastes


Les cheminées d’une raffinerie fument, lointaine dans ses flammes, les brûlots naphténiques rendent partout la nuit quadrillée d’aromates

Un vent froid venu des plaines du nord tombe sur le camp. Une femme est sortie de sa roulotte, et réclame obsé- quieusement ses gages

D’un même mouvement, les deux ouvriers qui travail- laient tout-à-l’heure aux fours de reformage vont se garer de chaque côté de la voie

Ils se mettent alors à chorégraphier un ballet de gestes identiques avant de s’enfermer sans mot dire

dans leur case. Chacun prend ses quartiers,
y pose sa lanterne. Lentement, les feux de l’usine s’a- menuisent...

Bientôt viendront les cendres

Au-delà du grillage, au devant de leur maître, on entend les aboiements des chiens, jusqu'au pluriel vagabondage dans les crosses de terre

Gustave Buchet
La raffinerie
(1961)


Grand Cahier.557.Révolvie.032.L'univers de la chauffe.16

Tableau noir


Pars, vers ton pays, sans hésiter
mais sur tout demande à tes adelphes
et prends part à la douceur

des choses parle tout bas
tu le connais le jeu des alliances tu sais
depuis longtemps, ce qui te revient

Ne crains pas que du sang coule,
c'est vivier d'avenirs,
verse ton sang qu’il se mêle
au pollen des routes

Égrène les cailloux chapelet de prières
adressées à chacun des lieux que tu recherches

Abîme tes couleurs

dans les refonds sédimentés du tableau noir,
traverse les eaux troubles, dénombre les atomes,
accorde-les aux rythmes de ta phrase et vois,

comme ils composent
et s’éclaircissent,
ou se rassemblent
et s’agglutinent,
dans le phosphore
de ta mémoire

N'aie plus d'inquiétude, ignorant
où cela mène, où commence le jeu

Ne chante pas
si devant toi n'est qu’une souche d’arbres morts,

car derrière elle
est quelqu’un qui te veut du mal

Ample est la nuit qui s’équilibre au jour

Yves Tanguy
La couche sensible
(1933)

Grand Cahier.080.Révolvie.032.L'univers de la chauffe.19

L'oubli


De ce ressaut, je ne vois
qu’une eau grise, une eau d’acier d’un seul tenant qui s’écoule en contrebas vers la ville industrieuse

et dans une improbable conjugaison des termes,
il y a le temps qui passe

l’eau crue d’une rivière entraînant les herbiers, et une eau qui reflue délivrant des remords

Je me souviens d’une cité austère
bâtie sur des granits

... le corps de garde la mer
qui redonne ce goût d’algues, une soupe épaisse et douce…

Les grands espaces de pierre,
le vent, l’ombre des tourelles
s’étendant sur les remparts.

et de la falaise au loin,
les miettes d’un pain noir, jetées là pour très longtemps

Il y eut quelques mots un échange,
rien de plus
ailleurs un peu plus tard,
une main d’herbe
comme un signe tourné vers l’océan

Le temps a poursuivi sa route, a mûri les choses
les choses vont s’enfuir encore
puis s’oublieront

Joan Mitchell
La porte de l'adieu
(1980)

Grand Cahier.088.Révolvie.031.Maison de verre.05

Tu es, printemps d'or...


Tu es, printemps d’or
Vêtu d'éclats, de glace et d'eau,
Mon souvenir
Tu es printemps, grandi de belle humeur
Au vert village

De Normandie
Comment pourrais-je t’oublier ?

Le jour s'étonne en suivant le ruisseau
C'est un endroit désert Les champs
Sont barbés d'orge,
Ils sont monde et perle, ils sont beaux
Le givre est dans la pierre

J'entends le clocher carré qui tinte

Sous le ciel dégagé, là-haut –
Une frayeur tourne sans cesse
Et vivifié le temps qui s'illumine, a blanchi
Un merle éperdument va siffler
Des bois rougis

André Lemaitre
Paysage normand
(1975)

Grand Cahier.040.Révolvie.030.Les effets de l'aube.13

Combles


Les gouttes glissent — au long des lignes désertées — l’une après l’autre les notes se font la courte échelle — à portée de l’oreille les mots — à tue-tête s’alignent — et s’interpellent — peu à peu le fil a trouvé sa mesure et se courbe — arrive au toucher de la terre

comme un long vivier qui s’égrène

Les années s’accumulent Le poème nous sauve Gout- tent les mots noircis Sur le blanc de la page En arpège résonnent les notes des chansons Les gouttes tombent sur la plage Quand s'éloigne la mer Éclatent en soleil En cou- ronne de lait

S’ouvre l’iris d'un œil bleuté au sable vert

Thierry Le Baill
Summa - Encre
(2009)

Grand Cahier.024.Révolvie.030.Les effets de l'aube.16

Le lever


Le ciel nocturne se déchire
la chambre a fraîchi
plus fraîche que le jour
qui blanchit par la fenêtre

agrémenté
sur l’un de ses bords,
d’un parsemé d’étoiles,
une ligne de rose s'étire

Penché
au dénoué de ton âme ta joue
a les couleurs de l'aube caressante,
tu ouvres une paupière…

Ce qui d’un coup s’envole
fait battre mon cœur Encore et
toujours un moment

s'accoude et découvre
l’aile d’un si beau corps où l'or
et l'ombre jouent

Henri Fantin-Latour
Le lever
(1872)

Grand Cahier.094.Révolvie.030.Effets de l'aube.07

La colline


La colline est, visage défait batailleuse
Les premiers regards vont à la fenêtre ouverte

Ce sont des herbes pour tourment
Des larmes fraîches qui reviennent
Surgit, s'élève une alouette

– Ô palpite sertie dans la clarté de l'air !

Tous les campements de la nuit
S'enfouissent en désordre, en bas
Dans la broussaille se retranchent

Ce matin c'est le sacre du jour Le toit bleu
L'abri de qui attend amasse l'or du ciel

Chuta Kimura
Le jardin vert
(1975)

Grand Cahier.043.Révolvie.030.Les effets de l'aube.04

Effets de l'aube


j‘aime quand s’éveille la ville — m'en aller

et chercher le premier
le long des rues tranquilles

un moment — les effets de l’aube

c’est une fenêtre qui s’ouvre
juste au-dessous du ciel

c’est un matin acide et frais
qui se ranime sur les toits

jeu d’ombre et de lumière
la nuit s’éloigne

« joli museau de Zibeline »
de tes bras blancs
écarte les volets

joyeusement
draps blancs défaits
le jour respire

Robert Delaunay
Les Fenêtres simultanées sur la ville
(1912)

Grand Cahier.035.Révolvie.030.Les effets de l'aube.04

Articles les plus consultés


à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte