Le horzain


Le voyageur a dit :

J’ai quitté cette bouche d'ombre, Il est tard. J'ai marché très longtemps. La route conduisait jusqu’à cette trouée vers les terres – jusqu’à ce terme. Je débouche de l'ombre en lisière de forêt

Le voyageur a dit aussi :

Le ciel est un fleuve, une masse d'un seul bloc, un seul fleuve d'un bout à l'autre, une même eau, le ciel s’avance tout entier vers les confins du soir

Le voyageur s'attarde près de l'auberge,

on dirait qu’il écoute. Il aperçoit sur la place une fontaine de mélèze. Il boit une eau transparente. Elle est froide, et n’a pas de reflets

Le voyageur demande, le voyageur désire

Un morceau de pain, le fil d’une musique, une taille à saisir, quelques danses qui l’entraînent, le baume d’un sourire. Le voyageur ne sait pas d’où il vient ni vers où il s’en va, il se tient obstinément sur le pas, à l’hui du jour sans rien savoir

Demain peut-être partira-t-il. C’est sa façon. Reprendra-t-il la route, au hasard, sans rien choisir, disparaissant dans l’ombre des grands arbres