Novembre


Une telle emphase était-elle nécessaire pour une gau- lée de glands ?

La pose est théâtrale

En robe rose et peut-être bas blancs sur les mollets, nuit spéculaire, c'est un grillage d'ombres – les deux autres se gaussent – et s'abritent sous les chênes, appuyés sur leur bâton

Il n'y a pas que les gouris qui fugnent le sol, à s'égarer ainsi de leur ran. Bonhomme et débonnaire, de pelage gris, un chien veille

D'un château de rêve, né sous le signe du scorpion ne reste plus qu'un jeu de cubes, une tour trop basse aux flancs délabrés des collines

On distingue franchie, au-delà de la noirceur des troncs, le feuillage soulevé, dentelé du fond bleui, un semblant de paysage

Verte une rivière qui sinue, le soupçon d'un village

Novembre
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.370.Très Riches Heures.011

Octobre


La SEINE trace en l'exact milieu un bandeau

Aveuglement des quais, porte étroite percée dans la muraille

Ferme est le fond du tableau

Sous chacune des bretèches, on arrime les barques – des groupes se reflètent dans l'eau, une ombre s'adosse au mur – on promène un chien noir un chien blanc, on discute

L'angle des tours est un cal posé sur les dents de la herse engoncée dans la terre

À l'horizontale, rayée calcaire, la terre amendée pres- que violette

Ligne dans l'axe et troènes par six, un archer franc parmi les banderoles protège de son arc les champs de l'avant-scène

Des pies froides et des corneilles picorent près du sac blanc et du sac noir

La tristesse est grande du semeur, ses pas s'éloignent

Claque le fouet, raideur pesanteur des labours

Octobre
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485).

Grand Cahier.369.Très Riches Heures.010

Septembre


Lorsque la LOIRE prend ses couleurs à l'aube suppo- sée en contrebas

(La Porte des Champs est ouverte, il n'y eut jamais de vignes à cet endroit)

On le voit briller comme aux jours de fête le château des fleurs, la silhouette d'amour

Haute se tient, disait René, l'idéale chose celestielle, la blanche robe des fées sur le socle ja piecza des guerres

Un carré de tours crénelées trilobées tout en tiges segmentées, lys élancé vers le bleu

Une flottante forêt de girouettes et de pignes miroitantes sur la panne des plombs

Que font-ils ces paysans, plus bruns que grive qui se gave, saoulés de raisins roux, tournés vers nous, ne nous regardant pas, l'œil vague

Bleu, blanc, rouge, elle est enceinte, tête dans les ceps indifférente affairée

Ce n'est que la note moqueuse, ce n'est que l'indignité d'un COLOMBE

Septembre
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.368.Très Riches Heures.009

Août


Fenaison tardive, des hommes-gerris au bain se rafraî- chissent mais rose est la terre à l'orée de ce bois,

l'esprit s'envole ailleurs
Depuis la gauche un couple venant poursuit le dialogue d'amour

S'agit-il d'une chasse ou de cour à sa dame ? Jeux hiéroglyphiques, ce que veut l'oisiveté du temps

C'est le vol d'un faucon allant piller corneille

Un homme en chapeau de paille attentif et résolu – sa compagne surprise, manche rouge et robe noire sur cheval gris – s'apprête à libérer les armes de son poing
(
Un homme en chapeau de paille attentif et résolu – sa compagne surprise, manche rouge et robe noire sur cheval gris – s'apprête à libérer les armes de son poing
)
Le fauconnier, leurre encharné à la ceinture, surveille de l'oiseau chacun des mouvements

Elle est blanche la livrée d'un autre

Il se tient droit solitaire, harnaché de bleu cette fois-ci, non plus de vert

Du même amble souverain qu'en mai, devant lui gambadent les deux petits chiens que l'on disait d'oysel

Août
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.367.Très Riches Heures.008

Juillet


Je ne le crois pas, baigné par les eaux du CLAIN, hau- tement défendable

Est-ce vraiment qu'un château en l'espèce arrêterait des sarrasins, dissuaderait l'anglais de "certaines chouses tou- chans certains tractiés" malgré

La force de la pierre aveugle, la butée d'un triangle à chaque pointe fermé d'une tour, le rejet, l'exil vers l'intérieur du familier décor des fenêtres

Sur les eaux, une chapelle étrangement s'expose à tous les passages – le fort est relié par une coursive au spirituel – ils iraient jusqu'à convertir les goulées de vent s'ils le pouvaient – un couple de cygnes doucement s'approche acclimatant les lieux

Faisait-il, le seigneur, muette lecture de ce livre même au fil des heures canoniales ?

Le paysan habillé de petits draps, le berger, sa femme en bleu qui nous tourne le dos, mettons-les en avant par volonté

On n'a pas conservé les proportions et ce pourrait-être

Si n'était les tons jaunes sur un vitrail, une baie trans- figurée par la lumière, la représentation des gestes, des outils de leur labeur, du nourrir et du vêtir

Couper à la faucille les blés parsemés de coquelicots, prendre la laine entre les forces, mouton serré sur le genou

Juillet
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.366.Très Riches Heures.007

Juin


Que les grands ciels pâlis à hauteur des toits d'ardoise du Palais composent pour le temps du bonheur une clarté française en ce mois d'herbes fauchées

Tout est courbe élégante, aussi bien les rives de la SEINE qui renferme des vignes que l'autre côté de l'eau

Avec la ligne des meules, la ligne des saules, l'ample mouvement des faux, les corps souples de trois paysans

Chapeautés, vêtus de lins blancs gris et roses, qui tail- lent en cadence leur andain

Tout est féminine blancheur, comme celle-là qui se pro- tège de l'azur intense par un voile, qui râtelle, qui amasse d'une fourche-fière les foins

Dans l'axe domine le bois de cèdre de la croix, haute chapelle de verre et sainte, violet recueil à cette heure où prie peut-être le roi

Juin
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.365.Très Riches Heures.006

Mai


Cornes cornets et flûtes, aux quatre points cardinaux, sonnez trompettes en désordre

Pignons, échauguettes vers les remparts et les toits de la Cité

Montez votre mai aux étages, ornez de feuilles vos coiffes blanches, mettez des glaïeuls, des rameaux verts aux fenêtres

Est-ce le PRE-AUX-CLERCS ce bois touffu serré où la fête se donne ?

Foule attentionnée autour des dames, de leur livrée de mai vêtues, robes teintes des cristaux de malachite, la verte couleur tendre du printemps

Je dis que c'est le même cheval blanc de parade qu'en août en un miroir

Mai
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.364.Très Riches Heures.005

Avril


Longtemps resteront incertaines

L'arc de deux barques tirant le filet sur l'étang du roi, le cours tranquille de l'ORGE à DOURDAN

Choses qu'un instant l'on crut voir, choses anachro- niques

Des vergers réguliers à la façon de Versailles, la contre-perspective d'une cour de l'époque d'Heian

Propos recueillis d'un historien, choses précisément dites

C'est un jardin clos du moyen âge entouré de treilles tissées de tiges de saules, vergier d'amour, jardinet des simples – l'hortus conclusus vers le ciel grand ouvert

Le paysage à proportion n'est pas… chose naturelle, où sommes-nous ?

Les regards se croisent en ce lieu de verdure, comme un bouquet de fleurs violettes cueillies des jeunes filles

Elle échange avec le Prince, elle qui n'avait que onze ans, yeux baissés l'anneau, et le Duc attendri :

– « Ah qu'il fait bon regarder, la gracieuse bonne et belle ! »

Haute ceinture, sous les seins, resserrée, juste bouclée, manches ouvertes, soit amples, soit lacées, houppelande taillée dans drap de laine et drap d'or, fréquemment fourrés, les satins, les velours figurés

Avril
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.363.Très Riches Heures.004

Mars


Il pleut, berger s'enfuit sur la terre à gauche

Mélusine vole au-dessus du château, annonce-t-elle un malheur à LUSIGNAN ?

La tour de l'Horloge pourtant, la barbacane tient le fond

Précisément peints d'une texture à quatre temps les murs blanchis protègent le quadrille des champs noirs

Et pour chacun des travaux de la terre, la route qui diverge au point d'une montjoie

Le détail de ces vies minuscules absorbe le regard, à qui donc va le gain ?

L'espace a boutonné sa veste de travers

Dix mille tonneaux de Saintonge ou d'Aunis, vins clairs vendus bon an, partiront vers DAMME près de BRUGES

Sur le devant de la scène, un vieillard en cotte fatiguée et surcot blanc – pousse le coutre

Faisant contre-sens la force tranquille, presque une ombre projetée des bœufs

Mars
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.362.Très Riches Heures.003

Février


« Je suis sans couvert et sans lit,
Côtes ne connaissent que pailles
Et lit de paille n'est pas lit,
Et en mon lit n'est fors que pailles. »

S'il les présentent ainsi comme au théâtre, ouverte la maison l'étable et le blanc revers de janvier, à la grièche de l'hiver

C'est qu'intérêt peut-être il porte – aux pauvres gens

Les FRERES ont fait l'esquisse, le peintre est anonyme et n'a pas de vergogne

Que femme trousse un peu sa robe aux claquements du feu, ce n'est pas moquerie

Quatre ruches de paille sommeillent, en ces temps où le miel est précieux

Le toit est percé de la bergerie, tous ils s'entassent sous la neige. Près des fagots je vois une picorée hardie de corbeaux

Voici contre le froid mon conseil : souffle dans tes doigts, abats les arbres, frappe et conduis l'âne, jusqu' au village

« Je suis sanz coutes et sanz liz,
N'a si povre juqu'a Sanliz. »

Février
Les Très Riches Heures
du duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.361.Très Riches Heures.002 (Pauvreté Rutebeuf)

Janvier


Toute une charrette de bleus dans les ciels du zodiaque, le bleu LIMBOURG, sa profondeur secrète

Qu'est-ce autrement qu'un mélange de fleurs intenses, un violacé broyat de lazurite, une royale couleur de Dieu ?

Mais sans la clarté crémeuse des pierres des dix-sept châteaux de dessous la Loire, que serait-elle ?

BERRY AUVERGNE

Remplis d'horloges, mosaïques orientales, d'instru-ments de musique d'autruches de chameaux, tapisseries de haute lice, écran d'osier cachant le feu chez le Duc

« Approche, approche » dit la devise en lettres d'or

De statues, reliques religieuses, amoureux certain des arts, grand possesseur, grand collectionneur

Toute sa vie, il entassa les curiosités, on a compté autant de livres de prières que de carats dans son cabinet de MEHUN-SUR-YEVRES

De ce bric et de ce broc, on en fit le décompte mais il n'existe plus, démantelée, qu'une tour et demie

Janvier - Les très riches heures
du Duc de Berry
(1410-1485)

Grand Cahier.360.Très Riches Heures.001

Les Ségurant


Combien sont-ils donc les Ségurant
Qui pourchassent ainsi / le dragon

Arrêtés au milieu d’une phrase
Et venus de l’île Non Sachant

À ce point affamés
Par leur quête incessante

Que même un séjour en l’île blanche
Ne pourrait assouvir

Ni combler

Est-ce une illusion de Morgane,
Est-ce un mirage

Si jamais personne n’assembla
leur Histoire ?

Miniature
Les enchantements de Morgane au Val sans Retour,
extrait du Lancelot en prose,
Bibliothèque Mazarine (~1494)

Grand Cahier.786.Chrétien de Troyes.Lancelot du Lac.03

Décrochement


Que vous piquiez des deux ou non. La gente ferrée flanche, marque de ces foulées la neige et reprend d'un coup d'aile

Fleurs, il ne reste infime qu'un silence écarlate qui fait signe, un sortilège qui déchire l'infini, trois gouttes de sang perdues

Ce graphe ce piège de songes, si Natural Color lui semble non pas dite mais grimée de parfaite blancheur, est vermeil

Ci, d'ailleurs, il s'appuie longuement et s'endort

Framboisier de l'hiver oublieux, que sais-tu des neiges des prés gelés et du noir des lisières

S'avancer ainsi se rendre chez le roi, ce n'est pas s'a- venturer c'est marcher sans surprise c'est marquer de ses pas la neige, s'en aller péniblement

Toujours l'attaque viendra en dehors du propos

L'esprit empiète l'âme, l'âme s'enrêve mais les neiges improbables d'avril, au bout du temps le soleil les efface

Jean Sérusier
Le Talisman, l'Aven au Bois d'Amour
(1888)

Grand Cahier.397.Chrétien de Troyes.002

Le musement de Perceval


L'oie blessée au cou avait saigné trois gouttes de sang qui répandues sur le blanc lui semblaient naturelle couleur.

Perceval vit les foulées de neige que l'animal avait laissées et le sang qui encore apparaissait.

Il s'appuya dessus sa lance…
– Celle fraîche couleur me semble être du visage de m'amie !
Tant il y pense que tout il oublie.

Était ainsi, à son avis, le vermeil sur le blanc posé comme les gouttes de sang qui sur le blanc apparaissaient. À regarder comme il faisait, il vit les couleurs nouvelles du beau visage de sa mie.

Perceval sur la goutte muse et toute une matinée resta ainsi
Qu'hors des tentes sortirent écuyers qui, rêver le virent, et crurent qu'il sommeillait.

« Fresque du printemps » de la Chambre Delta 2
à Akrotiri, Théra-Santorin 1600 av. J.C.

Grand Cahier.248.Chrétien de Troyes.001




Le musement de Perceval

La gente fu ferue el col
si seinna .iii. gotes de sanc
qui espandirent sor le blanc,
si sanbla natural color.

Et Percevax vit defolee
la noif qui soz la gente jut,
et le sanc qui ancor parut.
Si s'apoia desor sa lance, ...
Que la fresche color li sanble
qui est an la face s'amie,
et panse tant que il s'oblie.
Ausins estoit, an son avis,
li vermauz sor le blanc asis
Come les gotes de sanc furent
qui desor le blanc aparurent.
An l'esgarder que il feisoit
qu'il veïst la color novele
de la face s'amie bele.
Percevax sor la gote muse
tote la matinee et use
tant que hors des tantes issirent
escuier qui muser le virent
et cuiderent qu'il somellast.
L'oie blessée au cou avait saigné
trois gouttes de sang qui
répandues sur le blanc,
Lui semblait naturelle couleur.

Et Perceval vit les foulées de neige
que l'animal avait laissées,
Et le sang qui encore apparaissait.
Il s'appuya dessus sa lance…
- Cette fraîche couleur me semble être
du visage celle de m'amie !
Tant y pense que tout il oublie.
Était ainsi, à son avis,
Le vermeil sur le blanc posé
Comme les gouttes de sang furent
Qui dessus le blanc parurent.
En regardant comme il faisait
vit toutes les couleurs nouvelles
Du beau visage de sa mie.
Perceval sur la goutte rêve
Toute la matinée et reste
Tant ainsi qu'hors des tentes sortirent
Écuyers qui rêver le virent
Et crurent qu'il sommeillait.


Marie écrivant


L'écrit de Tristan et de la Reine
Est l'abyme évoqué, résumé, jamais dit
Le lai est un jeu de symétrie
Autour de la « summe de l'escrit »
Tristan grave son nom sur la table apprêtée
L'écrit du nom gravé « Tristan » est
La liane qui s'enlace au bois de noisetier
La métaphore est le dit tout entier de Marie
Du côté de la somme ressort un blason
De qui est-il ? de Tristan ? de Marie

Manuscrit copié à Paris en 1285-1292
Maître de Jean de Papeleu,
enlumineur

Grand Cahier.306.Marie de France.001.Le lai du chèvrefeuille.06

Quatre fragments d'un lai

*


Le lai du chèvrefeuille


(1.4)

Asez me plest e bien le voil
Del lai qu'hum nume Chevrefoil,
Que la verité vus en cunt,
Comment fu fet, de coi e dont.
Plusurs le m'unt cunté e dit
E jeo l'ai trové en l'escrit
De Tristram e de la reïne,
De lur amur que tant fu fine,
Dunt il eurent meinte dolur,
Puis en mururent en un jur.


Assez me plaît et bien le veux du lai qu'on nomme Chèvrefeuille, vous dire la vérité.

Comment, quelle en est la substance, d'aucuns me l'ont conté et dit. Aussi je l'ai trouvé en l'écrit de Tristan et de la Reine, de leurs amours qui tant furent parfaites, dont ils eurent à souffrir, maintes fois. Puis comment ils en mou- rurent, l'un et l'autre en un seul jour.

Enluminure codex Manesse, Planche 249v
Seigneur Konrad von Altstetten
(1310-1340)

Grand Cahier.374.Marie de France.039.Le lai du chèvrefeuille.01 {•••}


Le roi Marc a chassé Tristan


(2.4)

Le jur que li rei fu meüz,
Tristram en est al bois venuz.
Sur le chemin quë il saveit
Que la route passer deveit,
Une codre trencha par mi :
Tute quarreie la fendi.
Quant il a paré le bastun,
De sun cutel escrit sun nun :
Se la reïne s'aperceit,
Que mut grant gardë en pernëit
(Autre feiz li fu avenu
Que si l'aveit aparceü),
De sun ami bien conustra
Le bastun, quant el le verra.


Lorsque le roi se mit en marche, Tristan retourna dans les bois. Connaissant le chemin où passerait l'escorte,

Il trancha par le milieu un bâton de coudre, en fit une tablette. Quand il l'eut bien préparée, il y grava son nom de son couteau.

Si la Reine à cela très attentive, aperçoit le signal bien connu (il était arrivé autrefois qu'ainsi elle l'avait aperçu) elle saura qu'il s'agit de son ami…

Salvador Dali
Tristan fou (1944)

Grand Cahier.375.Marie de France.039.Le lai du chèvrefeuille.02 {•••}


Voici de l'écrit l'essentiel...


Voici de l'écrit l'essentiel qu'il lui faisait savoir et dire.
Ceo fu la summe de l'escrit qu'il li aveit mandé e dit :

(3.4)

Que lunges ot ilec esté ;
Pur atendrë ot surjurné,
Pur espïer e pur saver
Coment il la peüst veer,
Kar ne pot nent vivre sanz li.
D'eus deus fu il tut autresi
Cume del chevrefoil esteit
Ki a la codre se perneit :
Quant il est s'i laciez e pris
E tut entur le fust s'est mis,
Ensemble poënt bien durer,
Mès ki puis les volt desevrer,
Li codres muert hastivement
E li chevrefoil ensement.
« Bele amie, si est de nus :
Ne vus sanz mei, ne mei sanz vus. »


Depuis longtemps il était en ces lieux à l'attendre et à guetter sa venue, à épier et à se demander, car il ne peut plus vivre sans elle, comment il la pourrait voir.

De tous les deux il n'était pas autrement que du chèvrefeuille qui se fixe au bois de noisetier, quand il l'enlace et prend le fût en entier. Ils peuvent bien ensemble durer mais si l'on veut les séparer, le noisetier a tôt fait de mourir et le chèvrefeuille jamais ne lui survit.

« Belle amie, ainsi de nous, ni vous sans moi, ni moi sans vous ».

Tristan et Iseut à la fontaine, épiés par le roi Marc
détail d'un panneau de coffret.
Ivoire, Paris, 1340-1350

Grand Cahier.376.Marie de France.039.Le lai du chèvrefeuille.03 {•••}


Tristan a retrouvé la Reine


(4.4)


Por la joie qu'il ot eüe
De s'amie qu'il ot veüe,
E pur ceo k'il aveit escrit
Si cum la reïne l'ot dit,
Pur les paroles remembrer,
Tristram, ki bien saveit harper,
En aveit fait un nuvel lai ;
Asez brefment le numerai :
Gotelef l'apelent Engleis,
Chevrefoil le nument Franceis.
Dit vus en ai la verité
Del lai que j'ai ici cunté.


Pour la joie qu'il avait eu de revoir son amie, pour le mot qu'il lui avait écrit, pour que de leurs paroles, on se souvienne, ainsi que l'avait dit la Reine, Tristan qui bien savait jouer de la harpe en a fait un lai nouveau ;

Assez brièvement le nommerai : Les anglais l'appellent Gotelef, les Français le nomment Chèvrefeuille.

Toute la vérité vous ai dit du lai que j'ai conté ici.

Buste de Marie de France
Jean de Liège, vers 1381

Grand Cahier.377.Marie de France.039.Le lai du chèvrefeuille.04 {•••}

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à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte