Grémone


Étrange cette impression que l'on a d'être observé de ces hauteurs fracassées

Ce ne peut être que le vent qui serpente dans les herbes, et qui roule à perte de vue ses ossements vers les sommets de Lure rapprochées des nuages

Une musique aussi, impossible à situer, presque une absence, un air imprécis ô combien vague et qui vient tourner les pierres du jas des Terres du Roux

Et l'on s’avance jusqu’au bord, le sol se dérobe, et l'on se tient là debout à attendre, à vivre dans ce volume tout entier de l'espace, à ne vouloir ni le dehors ni le dedans, à regarder

Lucien Jacques
Cantadour
(1946)

Grand Cahier.351.Cahier bleu-vert.017.Retrouvailles.11

Rite


Il y a devant soi un creux parmi les feuilles,
La présence d’un corps bruissant dans les fourrés

La croisée des chemins fulmine à l’équinoxe
Un éclair de foudre a déchiré les nuages.

On a essarté la forêt en son milieu
On a brûlé en offrande un bois de vieux chênes

Mais la proie saisie est encore un peu vivante.

Le temps de dire et voir et d’entendre, les mots
Vont tomber, seront clairsemés et reverdis

Une odeur brune va se répandre. Au matin,
Le sol sera jonché de fleurs et d'aromates

Françoise Pirró
Paysage propice à l'oiseau
(2003)

Grand Cahier.340.Cahier bleu-vert.017.Retrouvailles.10

On pousse une pierre...


On pousse une pierre, fixée au rouge et de vertu ignée. La route est sèche. Une autre pierre qui est une pomme ainsi nommée non pierre. Le ciel est rond

Je ne sais que deux choses, depuis la scène jusqu’à l'horizon, le ciel et la route

J'ai peur car un jour… non, je crois que j'ai peur si bien que j'avance au-devant, c'est inéluctable

Je ne peux m'arrêter ni ne le veux aussi je n'espère que la ligne là-bas – retenue – simple ligne en songe
Qui me gouverne

Henri Girard
collages acrylique encre de chine brou de noix
sur papier 110x76
(2013)

Grand Cahier.341.Cahier bleu-vert.017.Retrouvailles.09

Parmi le monde les couleurs


Primidi, ah ça ira, ça ira...
Reçois carte blanche, citoyen, va, brûle, fait feu de tout bois, marque d'une poudre
Les habits d'or de beau ciel

Le sang versé du-t-il couler à même la rivière, eau qui longtemps calme s'avance et traîne lisible un fouillis de glaïeuls
N'en porte pas le deuil

La paix remise, les horloges réglées, il convient de bâtir. Aviver les poutres au plus haut, le temps va s'y loger. Puisse tenir un fin lamé de pierre ainsi qu'une réponse

Verte est la mer hantée de ton pays

Calendrier républicain
(1792-1806)

Grand Cahier.250.Cahier bleu-vert.017.Retrouvailles.05

Fugace est le visage des sentiers


Il suffisait de suivre une ligne incertaine, ocrée pou- dreuse, bordée de loin en loin par des lieux frais couverts

L’esprit, sans y prendre garde pouvait en continuant, vi- der ses poches
Tu ne poursuivais rien, tu ne voyais rien
venir si ce n’est ce remuement de feuilles d’une rapidité extrême, un bondissement du cœur
et l'espace aussitôt qui se rétablissait

Des mots se nichaient sous ta langue comme un village tranquille

Le matin est ouvert de tous les côtés à la fois et refermé sur lui-même par l'humidité des grands arbres de la nuit, tu prends la route familière qui sort du bourg. Tu suis les traces en V des tracteurs, le bosquet emmuré, le calvaire

En tournant vers la gauche, il y a trois grands bidons de zinc près de la barrière,
tu soulèves le bouchon de l’un d’eux
et déverses dans le pot
cinq bons litres d'un lait fumant et crémeux

Dans le ciel immense, tu retrouves la vigueur tissée des hirondelles

Plus tard dans la nuit, sous l'éclairage de la table de travail les uns après les autres s'afficheront,
volant comme phalènes
la multiplicité des signes d’une même parole – ton envie de tout reprendre était si forte –
le jeu des lettres en bleu posées dans la blancheur

André Lemaître
Route de Troarn
(1952)

Grand Cahier.254.Cahier bleu-vert.017.Retrouvailles.01

Tao


De ma hutte embroussaillée
Chers amis sensibles
Vos départs invoqués de prétextes me blessent
Le saviez-vous
Les écorchures
Ont mal guéri

Coin de tristesse
Mangeoire à vents
De ma butte de terre animal
Nu
Désolé
Mais qui vit et le veut
Taciturne avec des yeux dedans
J'ouvre l'œil.

D'une hutte sereine
Entourée
Je la vois comme rien
La cuve sidérale
Et ses raisins foulés de brumes
Grande femelle imprévisible ma noiraude
Racine au ciel subtile

Qui en use
Ne l'épuise jamais

Shitao
La grande cascade
(1656-1707)

Grand Cahier.300.Cahier bleu-vert.016.Scories.14

Les volets


Que le ciel soit dehors
Avec un vent de nerfs et de soleil
Et ce bruit de feuilles
Jamais fini

Que le jour soit dehors
Brûlé de soif et de poussière
Avec un temps certain
Qui n'en finit jamais

Avec des airs de fête qui reviennent

Que l'amour soit reparti
Envolé
Aussi bien oublié
Et, qu'au-dessus du toit d'en face
Un vol de martinets
Si haut qu'on ne peut voir

Tourne, tourne et crie

Je ne veux que l'ombre de ma chambre
Je ne veux que le songe

Henri Matisse
Intérieur au violon - Nice
(1917-1918)

Grand Cahier.330.Cahier bleu-vert.016.Scories.13

Le pré


Une feuille est posée dessus la table
Elle est aussi petite que le pré

Sur le pré est un arbre à grandes branches
À feuilles et branches, beaucoup de feuilles

Ensemble elles forment une masse obscure
Une sombre frondaison dans la nuit

Au milieu de la nuit il y a une chambre
Et par la fenêtre, une lampe, beaucoup d'ombres.

Il se peut qu'il s'en dégage parfois
Après beaucoup de temps, une lumière

Petite comme une eau qui veut sourdre et
Qui dit les mots qui sont feuilles et branches

Sous la lampe de lumière, une feuille,
Beaucoup de mots dessus, le pré dehors

Bien dense d'herbe rase et tendre gorgé d'eau
Le pré bâti, ho… finement articulé

René Magritte
L'empire des lumières
(1953)

Grand Cahier.264.Cahier bleu-vert.004.Scories.12

La rencontrée


Parfois, je me perds et puis j'oublie

me retrouve un peu plus tard, sous d'autres cieux, l'oreille attentive et j'ai pour m'exprimer

j'ai en bouche, d'autres syllabes, deux ou trois flocons de neige

un coeur blanc. Il me suffit d’écouter alors une voix nouvelle, simplement, inconnue ou bien connue en son temps

– la rencontrée que j'avais négligée,

et forcément puisque j'arrive quelque part, j'en apprécie (venant d'ailleurs étonnamment surpris d'y être) le rose mouvement des lèvres

Je l'aime à découvrir les yeux fermés comme un goût différent des nuages

Odilon Redon
Les yeux clos
(1890)

Grand Cahier.348.Cahier bleu-vert.016.Scories.11

Dans mon atelier...


Dans mon atelier s'étaient entreposées des caisses poussiéreuses remplies de lourds poissons fossiles.

Des blocs d'avant le temps, d'avant les hommes
– des êtres rouges, des êtres qui sont bleus et qui sont jaunes –
poissons galets,
d'avant qu'ils ne se disent, en mots âpres, dans aucune langue.

D'un coup sec, au burin, ils éclataient sur les genoux. Revenant de lointaines Téthys

parmi des fleurs, des feuilles de ciel passé de mer qui se déployaient dans le chuchotement des ressacs, le fouillis des silences,

je n'avais qu'à suivre les eaux noires évocatrices et laisser parler l'inextricable

Fred Deux
Encre sur papier
(2012)

Grand Cahier.402.Cahier bleu-vert.016.Scories.09

Pêcheur de côte


J’ai pris bien des choses dans mes filets, mal oubliées arrachées de mémoire, de celles fixées aux rochers qui sont comme bernicle –

Pensées volées, belles enlevées à autrui, bernaches prises et reprises, substitués, malaxés les signes du passé des autres –

Non, ce n'est pas rien si j'affiche des emprunts, conscients ou non conscients, mouvements d'eau, jeux d'algues en ressac –

Si je m'habille d'oripeaux, prenant par à-coups des bouffées d'air, mon œil à l'excès bousculé de sentiments exagérés, de lanières à souvenirs –

De ces riens qui ne sont pas les miens, mes vides en-têtes, mes têtes sans nom, bribes de mythes, mes on-dit que j'ose –

Prédateur de faits divers, troques en forme de jujube, littorines littorales, vénus à verrues, menus débris que les sables dévorent

Balthasar van der Ast
Nature morte aux coquillages
(1640)

Grand Cahier.347.Cahier bleu-vert.016.Scories.08

La ville, jadis


Je n'entends pas délivrer au tout venant l'adresse de ces lieux qui me sont chers. Faites un effort,

Trouvez-la, trouvez-les,
trouvez les vôtres…
Prenez ces marches
 et montez,
 et montez toujours.
Un point domine un autre point
que domine une tour.

D'un parvis au surplomb d'une place, d'une rangée de toits qui s'étagent à une autre, du champ de foire aux gra- dins de l'église, c'est une géométrie de nuages, un bouquet de remparts.

Vous ne verrez aucun cadran sur les façades, à quoi bon compter les heures.

Si le souffle vous manque, allez-vous reposer dans les Jardins Publics, contempler leurs cascades de verdure que le temps dégrafe, leurs robes de calicot pillées de soleil.

Le vent décoiffe, emporte les chapeaux mais, si la curiosité vous gagne, laissez-vous mener par les plaques des rues, par les hasards et les détours,

Il y a beaucoup à voir près de ces hôtels très anciens – des fontaines, des porches – des passages percés dans la masse épaisse des murailles, des meneaux armoriés, des tourelles murmurantes où les siècles s'accumulent, dor- mants, débris épars, côte à côte

Egon Schiele
Die gelbe Stadt
(1914)

Grand Cahier.265.Cahier bleu-vert.016.Scories.07

Le pays des hommes


Le pays des hommes n'est pas l'invention des dieux encore moins celle de ses démons. Il est peuplé de gens ordinaires après tout, comme l'est probablement votre voisin. S'il n'est pas possible de vivre dans ce pays inventé par les hommes ordinaires, néanmoins, il n'existe aucun autre pays où habiter. Il ne reste plus que le désert. Or il est plus difficile de vivre dans le désert que de vivre dans le pays des hommes

S'il est difficile de vivre en ce monde sans le quitter, alors il faut le rendre un tant soit peu confortable ; la vie éphémère, la rendre – un court laps de temps, vivable. C’est ainsi que se déclare une vocation de poète. La mission du peintre relève d’une même matière. Tout artiste est précieux car il apaise le monde et enrichit le cœur des hommes

C’est ainsi que se déclare une vocation de poète

La mission du peintre relève d’une même matière. Tout artiste est précieux car il apaise le monde et enrichit le cœur des hommes

Natsume Sôseki (夏目漱石)

Françoise Bar Filoche
L'Oreiller d'herbes
(2014)

Grand Cahier.386.Cahier bleu-vert.016.Scories.06

Le tournesol


À ses pieds
Un lit de fleurs et le croc de ses tiges
Fièrement élancées

La tête s’incline déjà
Et vire au noir
Lambeaux d'une chair presque humaine

L’orange-brun déchiqueté
Des grandes feuilles
Le brun orangé solitaire
Si nourri de soleil

À trop vouloir
Le suivre dans sa course
Retombe

Ainsi nombre d'or
Treize fois et
Vingt et une spires

Egon Schiele
Sonneblumen - Tournesol
(1917)

Grand Cahier.433.Cahier bleu-vert.016.Scories.05

L'unique orange


Au milieu d'un gris sale de vieilles couvertures qui sen- taient le phénol, il dut, allongé sur le grabat des heures, gri- ses les heures, et monotone
Dépouillé de tout, attendre – l'unique lumière

En être réduit à tracer
Amère, entre les taches du mortier de son doigt humec- té de salive, des têtes, des paysages, et des têtes sur le mur

Les regarder sécher, pâlir et disparaître dans les pro- fondeurs, s'effacer dans le sol, dans le puits hors du temps, pourrir

Le visage tourné vers le bas, se dire
Qu'une sonnette électrique est le dernier outil qui vous rattache au réel, subi non pas rêvé, et d'une griffe plus experte que les anciennes initiales MH d'un anonyme, signer ainsi :

L'unique orange était la seule
Lumière

Egon Schiele
Die eine Orange war das einzige Licht
(1912)

Grand Cahier.434.Cahier bleu-vert.016.Scories.04

Sur un fond de Goya


Dérisoire, parmi les tourets de la vie, de déhanche- ments, les passe-pieds en robe tarlatane, blancs noirs, chiffons variés, chapeaux à cornes, plumets rouges, étoles et galons, sous les drapeaux qui rient, qui grimacent, et braiments de bardeaux à souffler les cieux

– tous actes, ces mains souillés qu'on frotte à l'oubli de la touaille; et dans la nuit terrée des regards et des bouches

Sont-ils bien essangés par la pluie ? les froids carrés du marbre où, priant, se jettent chrysanthèmes d'automne et regrets

Peut-on l'oublier l'ombrelle verte, ce jade à votre joue qui faisait comme un papillon d'eau de lumière

Francisco de Goya
El quitasol
(1777)

Grand Cahier.258.Cahier bleu-vert.014.Perditions.18

Domaine


Si je pars mon ami, n'en fais pas de chansons

Fourbi serré, la malle close, rien n'y manque
Ni l'habit vert ni l'or. Je te salue ! car tant qu'
A faire un choix, j'ai ma varenne et me suffit

Amour, au loin m'emporte, laisse la guitare
C'est un sillet, la nuit la haie qui nous sépare ;
Ce que siffle la faux, ce que chante le puits

Va craindre que le feu ne se mette au buisson

Sur le manteau le fusil dort. La crémaillère
Y tient le pot, cuisent les mots, la jardinière
A de ces gousses parfumées à savourer !

Je n'invente d'amours qu'au lieu de ma pâture
Je découvre et bâtis. A chacun son allure
Qu'importe si je pars, à quoi bon les regrets

Antoni Tàpies
Dues mans assenyalant
(2011)

Grand Cahier.267.Cahier-bleu-vert.014.Perditions.17

Passée la clôture


Il avait descendu, sans vraiment s’en rendre compte, jusqu’au rideau de verdure, au pied d’eau

Il avait atteint la limite extrême du bois, longé un che- min ocre et pierreux. On pouvait croire après ça que le ciel irait mieux, qu’il allait s’éclaircir

Le champ sur le coteau formait un angle, une géomé- trie parfaite, un alignement de blés coupés d’une même hauteur

Le champ s’agrandissait, tapis dru d'un jaune éclatant qui s'étendait jusqu'en bas, se noyait dans les flaches d’ombre du couchant

Les herbes nouvellement levées embaumaient

sous les pas. Il atteignit, perdue dans la tristesse des brousses, et des eaux stagnantes, par-delà la virginité des terres recluses, une hutte noircie de fougères

Il traversa l’étroite passerelle, la coulée de béton, s’ap- puyant à la rambarde métallique, enjambant le silence

František Kupka
Ordonnance sur verticales en jaune
(1913)

Grand Cahier.018.Cahier bleu-vert.014.Perditions.14

Nous sommes donnés en patûre...



Nous sommes donnés en pâture à chaque chaînon du monstre de fer aux bouches soudées qui nous sacrifie à nos pas.

Que reste-t-il d'une vie d'homme ? Pas même la trace du talon

Edmond Jabès
Le livre des questions (1963)
Le livre de l'absent - Première partie - 13


Antoni Tàpies i Puig
Nocturn matinal, 9
(1970)

Grand Cahier.NNN.Cahier bleu-vert.014.Perditions.00

Cette douceur des villages


Plus blonde que femme, quoi qu'il en soit nous l'aimons molle chair s'effleurissant du rouge profond des haies, tard trop tard, la convoitons sœur toute de dentelles et de soleil nocturne

Il y a que meurtrie la douceur du pays s'efface. Dans le ciel d'aujourd'hui certes il n'est pas de village, et cet avion comme une croix fait le désir encore

Imperceptible près des nuages d'inespérés lointains

Vassily Kandinsky
Murnau mit Regenbogen
(1909)

Grand Cahier.279.Cahier bleu-vert.013.Passages.19

Qu'elle


Que soit le sol creusé
noir empli des fioles d'Yquem,
la sainte bave des
Montagnes de Reims,
et des Nuits, qu'elle,
au milieu du pré veuille fragile,
sur le haut d'une échelle de larmes,
être pour cueillir à l'arbre l'orange,
avant que d'avoir oublié
et son nom et l'endroit,
les pierres fleuriront
mais du ciel gravés

Paul Klee
Treppe und Leiter
(1928)

Grand Cahier.252.Cahier bleu-vert.013.Passages.18

Le ciel se dégage


Va-t-il se débarrasser de son sac bleu d'ombres,
en un han un coup d'épaule,
notre charbonnier soleil ?
de son couteau déchirer les peaux de l'orage

Je laisse la fenêtre ouverte, rideau vole,
et toi le beau jour, lis
le carton du bal. Tes bras battent ta joie.
La terre est verte et d'eaux par toutes les collines, ronde de la chair des végétaux.
Comme un album de souvenirs au loin,
j'aime un village.
La place jaune se blottit sous les vieux ormes

Maria Elena Vieira da Silva
Sans titre
(1951)

Grand Cahier.257.Cahier bleu-vert.013.Passages.17

Morsures


Par quel matin touffu comme lame de chiendent, le pré bossu, j'y vais jusqu'à cet arbre, jeune d'un an, droit, la jeu- ne jambe, et glacé, me suis-je tôt levé ?
Ne saurais dire

Il fait si frais, j'ai mal aux dents, la pomme est sûre mais succulente. Croques-y, jette l'étoile. Le corbeau vient, tu le connais

Le soleil chaque jour saute le mur au même endroit, il tranche surprises les ombres. Simple d'aller comme ça de son panier, les joues rouges, l'aube fumante à la bouche, de sa nasse d'osier ramassant les plus rondes

Egon Schiele
Vier Bäume
(1919)

Grand Cahier.271.Cahier bleu-vert.013.Passages.16

Le temps surpris


Ah ! Le bel air parfumé du petit sentier, ton emblème où chante la grise, la tourterelle, si précaire si têtue la ligne d'argile à son âme hésitante, et tant de joies, d'efforts avant cet échappée

Chante la chanson fidèle et danse

C'est bref, écoute, regarde, de trop de brusqueries tu gardes la mémoire. Entre deux ciels d'orage, l'oiseau chiffre les soleils prochains

Et le cœur patiente, et le cœur s'atourne. Sur les campagnes sonne le pas. Au levant d'une force un monde se rassemble

Paul Klee
Der Hirsch
(1919)

Grand Cahier.255.Cahier bleu-vert.013.Passages.15

Pavois du temps


De la courtine aimée d'ombelles si, comme choix de pacotilles, et friand, ton rire épelle un plein midi de songes, au balcon c'est
La balle qui bondit, jusqu'au champ, jusqu'au bois. La route sonne, fringante du soleil sous les sabots

Le goudron fume au bât de noisetiers

Libres armes d'azur, les mots s'envolent. La barque sur le lac a chaviré, croulant ses ors des coffres du plaisir

Beaux yeux qui se tournent
A telles accordailles, sachez qu'on nous invite. Va la croisée nous y offrir un fugace bouquet d'asters, une dou- ceur noisette, un cœur

Nous porterons l'habit
Le vrai de gala tissé d'un paon du jour

Paul Klee
Der bayrische Don Giovanni
(1919)

Grand Cahier.251.Cahier bleu-vert.013.Passages.14

Articles les plus consultés


à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte