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Trop de gens...


Trop de gens se sont enfuis – Dehors il pleut, leur mauvais sang les a trahis, les gens ont relevé leur col et sont partis

Le vent a soufflé sur les bords il t’a surpris. Tu ressens un léger filet d’air sur ta peau, tu frissonnes – un court laps de temps.

Referme la fenêtre, repousse la potence, résigne-toi. Ce n’est qu’un peu de jour accroché aux rideaux de la fenêtre, il y a

Quelque chose qui refuse chez toi, un rejet de l'exté- rieur, le besoin d'un écran. La vitre essuie la rue, éponge l'incivile, sa présence importune

La haie, l'arbre aux écureuils, la lampe et le carré de cour ont basculé dans un éclat

Chacun reprend sa place s’installe dans l’immuable, chacun recommence à réfléchir, à creuser le silence, à noiseter son nid.

… décompter les minutes

Lentement la pluie sur le toit retourne un sablier
Hibou ou Ubu ?
Gravure d'Alfred Jarry (1894)

Paru dans
Les minutes de sable mémorial 
-
Chapitre : Les paralipomènes
*
Alfred Jarry
le texte complet...

Science


Cet ultime élément, d’une éternelle
durée, à peine plus

qu’un photophore,
ce quoi d’agglutiné trois fois,
cet indémêlable protos,
et la spirale de ces frères sont-ils
tous

des dieux-pó tournoyant un peu
d’un angle et ½ (en deux tours,
depuis longtemps matière,
et pourquoi donc ?) traînés
dans l’eau claire ou précipité
d’un hasard flamboyant…

mais, c’est un moi toujours
dans l’espace et le temps
qui le dit le perçoit

l’Univers

par la lucarne de ses yeux
et par l’aiguille de son ouïe

à la dérobée – toutefois
infime de l'immense, immense de l'infime,
ni accèdant que par
le toucher grossier de ses mains

Et qui brait comme un âne !

Roberto Matta
X-space and the ego
(1945)

Grand Cahier.637.X.Y.Z.00

Panny Marie před Týnem


Les flèches pavoisées de
Staromĕstské namesti
Brûlent de leurs flammes noires
Les ors de Marie la Vierge
Ou les armes de Jan Hus

Seize cent vingt, les Jésuites
Après la Montagne Blanche
Viennent au Clementinum
Ils vont réformer la ville
A jamais grandie baroque

Non, je n’oublie pas les jours
Trépassés quand meurt une âme
Dans Josefov, quand le juif
Est rejeté de ses portes
Quelle honte Treblinka

Belle est mon amie la slave
Que je rencontrai sur Most
Les touristes sont nombreux...
Vltava ou Moldau ?
« Ik zag Cecilia komen »

Kostel Matky Boží před Týnem
(Staré Město), Praha

Grand Cahier.576.Présences haptiques.Agencements

Discordia concors


Par ses offices, Arcimboldo le maniéré, Grand Maître des Artifices à la cour des Habsbourg,
Gardien des Wunderkammern où rivalisent l'insolite et le baroque
Mais peintre jardinier de visages énigmatiques

Arcimboldo créant, assis
au coeur paradoxal, universel et fragmenté
d'un empire, l'assemblage contradictoire et composite de ces masques

Arcimboldo vit-il surgir un homme en un masque de fruits dans l'été quinze cent soixante treize, ou bien
hiver premier, le peignit-il se dispersant,
dernier fragment suggestif du corps décomposé, hom- me que la matière a dévoré ?

Giuseppe Arcimboldo
Les quatre saisons (1573)

Grand Cahier.303

Les énigmes d'Érasme


J'aime cette chambre printanière, son dallage aux étoi- les et soleils de zelliges. Regarde ces murs

Tous les arbres qu’on voudra, d'essences distinctes, y sont peints, et les êtres et les oiseaux d'espèces rares ou connues par quelque étrangeté

– Que dit cette chouette qui se cache là-haut ?

– Elle nous parle en grec : "Sois prudent, dit-elle. Je ne vole pas pour tout le monde". Ici, un aigle déchire un lièvre, près d'un scarabée vit un roitelet, ennemi mortel de l'aigle

– Et l’hirondelle que tient-elle dans son bec ?

– Un brin de chélidoine qui te rendra la vue

– Et le caméléon changeant, allant et venant de terre, le mot qui le nomme est un lion !

– Gueule béante, il secrète un venin et plante sa langue comme figuier sauvage

– Qui est donc ce joueur de flûte ?

– Un chameau débauché, un singe magot qui nous joue du pipeau

Hans Holbein le Jeune
Portrait d'Érasme
(1523)

Grand Cahier.317.Dispersions.022.Minutes et figures.07

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à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte