Depuis lors, tourne la meule au fond de l'océan, tourne et continue de moudre le sel inépuisable Aucun poisson n'alla se plaindre, aucun n'y songea car tous ils vivent d'ignorances…
Wang était riche quand son frère n'avait rien Il avait accaparé tout l’héritage de leurs parents Croyez-vous qu'il en fut satisfait ? !
Envieux, possessif, avare, il n'en avait jamais assez Il apprit que Petit Wang, son frère auquel il avait – tout net – refusé son aide, alors qu’il était dans l’embarras, possédait chez lui une pierre meulière aux propriétés étranges, une meule produisant du sel qui l’avait tiré d'affaire
Aussi la voulut-il Et savez-vous : il réussit à l’avoir ! Petit Wang était la bonté même et respectait son frère Il la lui donna, Wang la rapporta chez lui, l’étudia, mais très vite s’en désintéressa, et la poussa du pied
– Dès lors, elle se mit à tourner, elle moulut sans relâche Le sel s'accumula, la maison craqua Wang ne savait comment faire pour l'arrêter, il allait étouffer, il ne trouva pas d'autres solutions que de la rouler dehors De la falaise dans la mer… depuis salée
Est-ce bien là le « fin mot » de l’histoire ? Eh bien non ! D’ailleurs en voici le début
Petit Wang était pauvre quand son frère avait tout Économe par nécessité, attentionné, à l'affût de l'aubaine Comme il rentrait bredouille de la pêche, il ramassa une meule usée « Ça peut toujours servir… » qu'un meunier soucieux d'une bonne et blanche farine avait jetée
Il la mit chez lui dans un coin de la cuisine et l'oublia
Un soir, il la heurta du pied par mégarde La meule se mit alors à tourner, elle moulut sans relâche, le sel s'accumula Le tas de sel grandit, grandit, grandit, grandit…
« Me voilà riche mais point trop n'en faut, comment faire pour l'arrêter ? » Il réfléchit, se mit à penser, calcula Il eut une idée, soudain : il la retourna !
À partir de ce jour, vendant son sel produit à besoin, il ne manqua de rien, jusqu’à ce que…
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Lu Yanshao (1909-1993) Marée d'août à Qiantang (1983) |
Grand Cahier.246.Cahier bleu-vert.007.Parages.11