Tout ce travail n'est jamais rien
– la plupart du temps, je roule une pierre, j’ai des sou- cis, j’ai mes affaires. Des petits riens ; je m’en occupe, sans y penser… ou je rêvasse. Et puis il y a, cette-chose-qui-va-naître, comment pourrait-elle naître pour n’être jamais rien ?
Mais les raisons sont difficiles à démêler, ces raisons d’être, sont-elles associées à tous les autres qui sont là, à l’autre
comme il va, comme il passe et qui est un grand mystère
Et cet être cet autre, qui est-il, est-ce moi est-ce toi, improbable lecteur ? Roule-t-il une pierre, lui aussi ? J’ai toujours en tête un autre en moi qui lit, et voit mes fautes, là, au lieu-dit à l’insu, m’empêchant d’aller en bien ou en mal où je voudrais…
Et plus tard lorsque enfin j'arrive en haut de la côte, j’essaie d’oublier tous ces travaux, tous ces panneaux de signalisation pour laisser l’autre y revenir, et les lire en toute inconnaissance
Mais chaque fois, il y a (entre deux possibles) un rien, un petit rien d’être, un quelque chose qui ne va pas.
Il n’est jamais content, jamais ! Je change alors, ajoute un mot, un mot que je regrette un autre et recommence…
Il faut pourtant qu’arrive un jour – Ai-je échoué ai-je réussi ? où je ne puisse plus jamais, où je ne puisse plus changer, quoi que ce soit
Il est en moi, dans tout mon être comme un tatouage indélébile, il est en moi la chair du monde
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| André Masson Le mythe de Sysiphe (1926) |
Grand Cahier.626.Cahier bleu-vert.012.Ébauches.12
