À quoi bon


À quoi bon résister commis l’irréparable

Il n’est plus d’autre voie la seule à emprunter
qu’une voie obligée avec ses conséquences

Pourquoi chercher puisque le temps a basculé
s’est orienté vers un ailleurs sans consistance

À quoi bon s’entêter s’opposer à autrui
affronter l’incompréhension et leur mutisme

Une fois les mots du silence et du reproche
irrévocablement dit une fois encore

La porte du train s'est ouverte sur la nuit

Il y a
des reflets dans la vitre dont on a perdu le sens On ne voit dans le wagon qu’un homme seul près de sa couchette et qui voudrait dormir Le sas et le soufflet s’ouvre et se referme la vitre bouge à l'heure et au lieu d'un fracas géant de fer à la mesure de l'infini

Paul Delvaux
Femme à la rose
(1936)

Grand Cahier.291.Dispersion.024.Vulnéraires.10

Partie hongroise


Les reflets du miroir sont-ils archéologues ? Toujours ils nous racontent

les péripéties d'un même film – un petit coup de balai et c’est l'histoire – qui recommence. Incessant miroitement – coup de balai – et nous voici sur la route en forêt, sous la pluie

« Le camionneur pour la énième fois va s'arrêter sous de tristes néons. Les pneus crissent. La femme a relevé le col de son imperméable et dirige ses pas vers la station abandonnée »

L'histoire qui recommence. Il pleut. Une femme perdue, sa vie renversée qu'on jette à la fosse et l'inutile gaspillage aux reflets du miroir

dans la chambre il y a dans le mur une vieille armoire où sont rangées les deux pendules rouges,

oeils-de-la-nuit-sortent-du-coin, la porte baille, ajoute de l'ombre à son double et des soupçons

Un cri, une poupée dans les refonds, blanc, un corps mort tombé dans l'escalier

Zigzags à la vitre je travaille, je décompte les coups
Horloge, tonnerre, balai !

Paul klee
Bedrohte Stadt Pinz
(1915)

Grand Cahier.286.Dispersions.024.Vulnéraires.09

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à M.C.



Entre les ronceraies du coteau
Et les cils de la rivière
Ce pommier d’une écorce rude
Où s’attache un gui
Voilà notre vie pleine et nos joies
Ces fruits blancs appendus
Pour une année qui s’achève
Voilà sur le seuil des récoltes
Notre longue patience
Et lié ce vœu
Sous le linteau de la porte